Et l'immigration francophone?

« Selon la Gendarmerie du Canada, quelque 7000 migrants... (Archives AP)

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« Selon la Gendarmerie du Canada, quelque 7000 migrants d'origine haïtienne ont franchi illégalement la frontière canado-américaine depuis juin dernier », rappelle Pierre Jury.

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ÉDITORIAL / Des centaines de demandeurs d'asiles sont massés à la frontière du Canada et des Etats-Unis, en attente d'une approbation des autorités. La plupart sont francophones : à 85 % des migrants originaires de Haïti, depuis longtemps habitant les Etats-Unis. Ils cherchent une vie meilleure et un endroit pour repartir à neuf.

Pendant ce temps, des francophones peinent à garder leur langue en vie dans leurs communautés noyées dans une mer d'anglophones canadiens-anglais. Ils sont à Kelowna, à Batoche, à Saint-Boniface, mais aussi à Clare et Whitehorse. Ils forment des communautés étonnamment vibrantes de plusieurs centaines, voire de milliers d'individus, mais leur isolement pèse lourd sur les forces d'assimilation et d'acculturation. Les plus jeunes sont particulièrement touchés et les communautés lancent depuis des années des cris d'alarme : ils ont besoin de sang neuf !

Étonnamment, les uns n'entendent pas les autres. Le message ne se rend pas. Au-delà de la distance, l'ignorance camoufle les appels, musèle le dialogue qui pourrait tant aider les uns comme les autres. 

Selon la Gendarmerie du Canada, quelque 7000 migrants d'origine haïtienne ont franchi illégalement la frontière canado-américaine depuis juin dernier. Ils sont logés temporairement à Montréal et de plus en plus, dans des abris militaires temporaires à Saint-Bernard-de-Lacolle, au sud de Montréal, et maintenant à Cornwall. Beaucoup habitaient les Etats-Unis, en Floride et autour de New York, par exemple ; le président Donald Trump resserre les filets de l'immigration américaine. Il y a plus de 300 000 résidents temporaires que les USA avaient acceptés après des catastrophes humanitaires, au fil des ans. Selon la CBC, ils sont quelque 60 000 « Temporary Protected Status » de Haïti. Sans compter des centaines de milliers de mineurs admis sous des programmes d'accueil comme DREAM et DACA, à condition qu'ils poursuivent leurs études et démontrent une bonne conduite. Tous craignent pour leur avenir, aussi incertain était-il. Pour eux, le Canada est une porte vers l'espoir.

Beaucoup sont devenus d'honnêtes travailleurs et leurs familles ; Les Haïtiens craignent d'être retournés dans leur pays d'origine qu'ils ont quitté il y a fort longtemps. Parallèlement, beaucoup d'autres demandeurs d'asile profitent de ce qu'ils perçoivent comme une faille dans le système d'accueil du Canada pour quitter Haïti et transiter, par avion, autobus et à pied, jusqu'au 49e parallèle.

Au Canada, et particulièrement en Ontario, les programmes d'immigration francophone des dernières années n'ont jamais livré le nombre de nouveaux arrivants promis ou ciblés. L'Ontario vise 5 % d'immigration francophone depuis cinq ans ; les taux sont bloqués à environ 2 %.

Les migrants ignorent à peu près tout de cet immense pays qu'est le Canada et de ces dizaines de communautés francophones qui rêvent de les recevoir. On ne peut blâmer les uns de vouloir se retrouver dans une diaspora haïtienne dont ils ont entendu parler, celles de Montréal ou de Toronto. Mais qui leur parle de Hearst, de Lac La Biche, de Saint-Vital ?

Des organismes comme la Fédération des communautés francophones et acadiennes entretiennent un dialogue soutenu avec les gouvernements mais les constats d'échec se multiplient. Qui lit ces belles pages Internet qui disent combien les francophones hors Québec sont accueillants ? Certainement pas les gens d'Immigration et Citoyenneté Canada ! 

Qui peut rappeler aux intervenants de première ligne qu'une fois rassurés sur la sécurité de ces nouveaux arrivants « irréguliers », qu'ils pourraient tous et chacun être bienvenus dans l'une ou d'autre des dizaines de chaleureuses communautés d'accueil francophones ailleurs qu'au Québec, avec de l'emploi à la clef ?




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