Paradoxe sur la sécurité routière

La ministre fédérale de la Justice, Jody Wilson-Raybould,... (Archives, Le Droit)

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La ministre fédérale de la Justice, Jody Wilson-Raybould, aurait proposé d'abaisser la limite de 0,08 à 0,05 (50 milligrammes d'alcool par 100 ml de sang) dans une lettre à son homologue du Québec, Stéphanie Vallée.

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ÉDITORIAL / Ce n'est pas au milieu de l'été, alors que l'attention des Canadiens est détournée, que le fédéral doit presser le débat sur une question qui touche autant de gens que la limite de 0,08 d'alcool dans le sang.

Ce taux de ,08 est passé dans le langage populaire depuis sa mise en place il y a presque 50 ans. Cela remonte à 1969, sous Pierre Elliott Trudeau. 

Cette semaine, nous apprenons donc que la ministre fédérale de la Justice, Jody Wilson-Raybould, aurait proposé d'abaisser la limite de 0,08 à 0,05 (50 milligrammes d'alcool par 100 ml de sang) dans une lettre à son homologue du Québec, Stéphanie Vallée. Pourquoi ce taux ? Pourquoi maintenant ? Cette initiative « lutterait contre le danger posé par l'alcool au volant ». 

La ministre Wilson-Raybould ne fournit aucun justificatif quant au moment choisi pour initier ce débat de société. 

Tout ce qu'elle avance, c'est que d'autres pays ont adopté la limite du ,05, comme la France et l'Irlande, et que « de récentes recherches » indiquent que le risque associé au taux de 0,08 « a été sous-évalué ». 

Personne ne peut être contre la vertu d'une meilleure sécurité routière. 

Mais la discussion nationale sur l'alcool et la sécurité routière doit inclure un large éventail de citoyens, d'organisations, de décideurs qui doivent fonder leurs avis sur des données scientifiques et statistiques prouvées. Par sur une impression de gros bon sens, aussi évident semble-t-il.

Par exemple, le Conseil canadien de la sécurité est d'avis que la stratégie actuelle fonctionne déjà bien. Le nombre de décès de la route liés à l'alcool a chuté de 30 % entre 1995 (1296 cas) et 2006 (907). L'approche passée ne peut avoir été fausse. L'opinion du CCS, organisme non-gouvernemental formé d'entreprises comme les sociétés d'assurance, les constructeurs automobile, etc., doit compter. Il estime que l'approche canadienne est déjà l'une des plus coercitives. Car la lutte à l'alcool au volant ne se limite pas au 0,08. Il faut aussi apprécier des mesures comme la tolérance zéro chez les nouveaux conducteurs, l'importance des amendes, etc.

C'est aussi le discours que tient Éduc'alcool au Québec. 

Son directeur Hubert Sacy a été virulent, hier. Il faut une approche à plusieurs niveaux, incluant davantage de contrôles routiers, permettre des tests d'alcoolémie aléatoires et imposer la formation aux serveurs et barmans pour mieux prévenir les problèmes à la source.

Quant à la CAA-Québec, elle laisse entendre qu'il pourrait y avoir une sanction pour ceux qui enregistrent un taux d'alcool entre 0,05 et 0,08.

Par ailleurs, le moment est assez mal choisi pour le fédéral qui autorisera l'usage de la marijuana à des fins récréatives dans moins d'un an. Nous savons que cela causera un mal de tête aux autorités policières qui ne disposent pas d'un outil fiable pour mesurer les facultés affaiblies par la marijuana. Cette libéralisation de la marijuana au Canada, promesse du gouvernement de Justin Trudeau à l'élection de 2015, est confrontée à de solides réticences dans un large pan de la population. Il faut agir avec soin et calmer les appréhensions des automobilistes qui craignent pour leur sécurité, tout en envoyant le message aux usagers que marijuana et volant ne font pas bon ménage.

Dans ce contexte délicat où l'État envoie des messages contradictoires, ouvrir un autre flanc au débat sur la sécurité routière semble prématuré.




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