Dans quel sens, les taux d'intérêts?

L'augmentation du taux directeur annoncée par le gouverneur... (Archives, La Presse Canadienne)

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L'augmentation du taux directeur annoncée par le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, « pourrait être la première d'une ou plusieurs autres au cours des 18 ou 24 prochains mois », est d'avis l'éditorialiste Pierre Jury.

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ÉDITORIAL / Les bas taux d'intérêt ne pouvaient durer éternellement. Après sept années de stagnation, la population canadienne s'était presque faite à l'idée que ça ne bougerait plus. C'est oublier les leçons du passé, comme dans les années 1980 où les hypothèques affichaient des taux jusqu'à 20 % ! Mais ça se comprend : bien des jeunes familles qui vivent avec des hypothèques aujourd'hui n'ont aucun souvenir des bouleversements d'il y a 35 ans. Ce sont leurs parents qui ont eu à composer avec les effets dévastateurs de ces taux historiques.

Cette semaine, personne n'aura tremblé à l'annonce par la Banque du Canada d'une hausse du taux directeur de 0,5 à 0,75 %. 

Mercredi, cinq grandes banques canadiennes ont aussitôt relevé d'autant leur taux hypothécaire de base, de 2,70 à 2,95 %. 

Bien des emprunteurs ont des taux largement supérieurs à ce 2,95 % car ils auront choisi la sécurité de taux « fermés » qui sont garantis sur une ou plusieurs années, et dans leur cas, ils ne ressentiront cette hausse que lorsqu'ils renouvelleront leurs contrats hypothécaires. 

Pour ceux qui ont des taux variables, aussitôt relevés de 0,25 %, encore là les impacts apparaissent mineurs. Nous parlons ici d'une facture supplémentaire de 20 $ par mois pour chaque tranche d'emprunt de 100 000 $. Pour l'essentiel des emprunteurs hypothécaires, cela devrait se gérer. 

Mais c'est l'avenir qu'il faut prévoir. Car cette augmentation, annoncée par le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, pourrait être la première d'une ou plusieurs autres au cours des 18 ou 24 prochains mois. Voilà ce qui pourrait ralentir la consommation des Canadiens : moins d'achats de maisons, de véhicule, d'électroménagers, etc. 

Cette décision historique de rehausser le taux directeur est basé sur une série d'indicateurs économiques. M. Poloz en a livré quelques-uns au cours des dernières semaines, comme la nouvelle Allocation canadienne pour enfants créée par le gouvernement de Justin Trudeau peu après son élection en 2015. Même si cela n'avait pas été conçu dans ce but exprès, cela a un effet « hautement stimulant » dans les dépenses de consommation au Canada, a constaté M. Poloz. Cela a été plus bénéfique que l'annonce de 180 milliards $ d'investissements en infrastructures que le gouvernement distribue depuis plus d'un an aux quatre coins du pays, mais qui doivent s'échelonner sur encore une décennie. C'est le cas de la phase II du train léger à Ottawa, qui ne démarrera que des mois après l'inauguration de la phase I, l'an prochain. Il est difficile de mesurer les bénéfices économiques d'un investissement collectif qui se réalisera entre 2019 et 2023...

Cependant, l'équipe de M. Trudeau ne manque pas une occasion d'en vanter les conséquences sur l'économie et sur la classe moyenne. 

La Banque du Canada a perçu un redémarrage du moteur économique canadien. Elle a relevé ses prévisions de croissance de 2,6 à 2,8 % pour 2017, de 1,9 à 2,0 % pour l'an prochain, et de 1,6 à 1,9 % pour 2019.

Mais le test viendra plutôt à l'automne. 

D'ici là, nous devrions en savoir davantage sur la renégociation de l'Accord sur le libre-échange avec les Etats-Unis et le Mexique. Cela pourrait refroidir nos exportations, l'un des marchés-clef de nos entreprises. Et nous aurons une idée des effets de cette première hausse de 0,25 % : aura-t-elle refroidi les ardeurs dépensières des Canadiens ? La réponse est beaucoup entre vos mains.




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