Le péril de réécrire l'histoire

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L'édifice Langevin changera de nom pour le « Bureau du Premier ministre et du Conseil privé ».

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ÉDITORIAL / Quelques jours avant le 1er juillet, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé que l'édifice Langevin changerait de nom. Fini l'idée d'honorer une personnalité historique, ce serait dorénavant tout simplement le « Bureau du Premier ministre et du Conseil privé ». C'est descriptif et ça manque d'originalité... mais cela a l'avantage de ne heurter personne.

Biffer un nom de l'histoire prend habituellement du temps, un solide argumentaire et d'excellentes connexions politiques. Le chef national des Premières nations, Perry Bellegarde, a profité des deux derniers pour bousculer l'appareil politique et en quatre mois à peine, le vocable Langevin était biffé de l'histoire.

Un des pères de la Confédération, ancien maire de Québec et surintendant des Affaires indiennes alors qu'il était le bras droit de Sir John A. Macdonald, sir Hector-Louis Langevin est honni aujourd'hui parce qu'on lui confère la paternité des pensionnats autochtones. Cela a suffi, et peu argueront le contraire, pour le ranger du mauvais côté de l'histoire. L'édifice a été érigé lorsqu'il était ministre des Travaux publics, et il était le premier construit par le fédéral de l'autre côté de la rue Wellington, en face du Parlement. Plusieurs ministères s'y sont succédé avant que l'on y aménage le Bureau du premier ministre et de son ministère, le Conseil privé, en 1987.

De toute évidence, en quatre mois, personne au Bureau du premier ministre n'aura eu le temps de songer à un autre nom qu'un simple descriptif des lieux. On aura tout de même reconnu en filigrane l'influence du premier ministre Trudeau qui cherche à rebâtir les relations entre les Premières Nations et Ottawa. En rangeant le nom de Langevin dans les tiroirs de l'histoire, M. Trudeau marquait des points facilement. 

Mais pourquoi Sir John A., son patron, a-t-il échappé au courroux de l'histoire ?

Cet épisode rappelle combien il est difficile de rebaptiser des lieux. Ce processus s'apparente à une forme de révisionnisme historique où l'on tente de réécrire le fil de l'histoire à l'aulne des susceptibilités modernes. 

Deux fois au cours des sept dernières années, la Ville de Gatineau a été confrontée à des forces révisionnistes. En 2010, d'intenses pressions ont voulu biffer le nom de Lord Jeffery Amherst, commandant des troupes britanniques qui contribueront à la chute de la Nouvelle-France en 1763. Il est honni dans certains milieux pour avoir utilisé la variole comme arme de guerre contre des peuples autochtones. Le mouvement à Gatineau n'a pas fonctionné en 2010, mais en 2015 oui. Les noms des rues Philipp-Lenard et Alexis-Carrel ont fonctionné. Ce dernier était un partisan de l'extermination des handicapés et l'autre, un fort sympathisant hitlérien malgré son prix Nobel de physique. Plus loin derrière, Ottawa a effacé le nom de Charles de Gaulle de sa toponymie en 1967, après son cri « Vive le Québec libre ! ».

Réécrire l'histoire est périlleux. Tenter d'effacer le passé pour satisfaire nos sensibilités d'aujourd'hui, c'est un peu oublier ses leçons et se condamner à répéter nos erreurs. 

Il y a des manières de tourner autour du problème. Sans pour autant gommer une plaque ou un nom de rue, il est parfois possible de rebaptiser un lieu. Installer une nouvelle plaque, plus haut, et expliquer le changement. À Chelsea, par exemple, les noms des secteurs comme Tenaga, Kirk's Ferry ou Larrimac n'ont pas disparu totalement. C'est le cas de bien d'autres villes fusionnées.

Lentement, le travail de rééducation se fait sans tout caviarder.




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