La fierté gaie et l'uniforme

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Le chef du Service de police d'Ottawa, Charles Bordeleau

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ÉDITORIAL / Le chef de la police d'Ottawa, Charles Bordeleau, n'a pas à rougir de son uniforme. Et c'est avec la même fierté que les gais et lesbiennes qui célèbrent la leur qu'il doit porter ses couleurs lors de la parade de la fierté gaie, fin août à Ottawa.

Le dirigeant des forces de l'ordre ne doit pas céder aux pressions des organisateurs du Festival de la fierté dans la capitale qui l'ont invité, lui et ses membres, à se joindre au défilé... à la condition qu'ils ne soient pas en uniforme. 

Cet ultimatum est particulièrement difficile à comprendre de la part d'une organisation qui prône l'ouverture et la tolérance. Et ils feraient preuve d'intolérance face à l'uniforme des policiers et de leur chef ? Cela ne tient pas la route.

Au fil des ans, les populations gaies et lesbiennes ont fait de ce qu'ils appelaient simplement la parade de la Fierté gaie un événement festif qui encourageait l'ouverture et l'acceptation. Depuis, la communauté s'est élargie pour inclure d'autres minorités sexuelles, dont les bisexuels, les personnes transgenres, les queers, intersexués, etc.

La traditionnelle parade, à l'image de d'autres au Canada et dans le monde, était une occasion d'aller plus loin que de sortir du placard et d'afficher leur orientation sexuelle. Pour certains, l'événement était une occasion de sortir publiquement dans la rue, main dans la main, s'embrassant... comme le font les couples hétérosexuels. D'autres allaient beaucoup plus loin. Ils s'habillaient de façon provocante, jouant sur les stéréotypes, se dénudant même parfois. Le message sous-jacent à la population était : voici qui nous sommes, voici comment nous fêtons et nous comportons parfois ou souvent, et vous devez accepter que c'est notre nature. Nous ne l'avons pas choisie et nous avons dû nous en faire une raison. Ils s'attendaient la même chose des âmes offusquées à la vue de gestes qui étaient autrefois du domaine privé.

La même logique doit s'appliquer ici avec l'uniforme de la police.

Évidemment, pour certains, cet uniforme réfère à des souvenirs douloureux. Les forces de l'ordre ont, à une certaine époque, agi avec intolérance et discrimination lorsqu'ils intervenaient auprès des gais et lesbiennes. La douleur était sans doute double pour ceux issus des minorités raciales ou ethniques. Ils avaient deux motifs de craindre les interventions policières. 

À Ottawa et au Canada, ces comportements sont en train de changer. Tant dans les rangs policiers qu'au sein de la population, que dans la classe politique qui nous représente. Il se produit encore des bavures, mais elles semblent plus rares et lorsque dénoncées, le tollé est immédiat. Le silence complice est une chose du passé. 

Le Canada est dans les premiers rangs de l'acceptation de l'autre et nous devons être fiers du travail accompli, tout en reconnaissant le travail qui reste à faire. Nous avons un exemple à offrir aux trop nombreux pays du monde où l'intolérance sévit encore, où les pratiques homosexuelles sont encore un crime.

Qu'un chef de police comme Charles Bordeleau accepte de participer au défilé de l'affirmation des LGBTQI représente un autre geste d'ouverture envers eux. Il doit s'attendre à la même ouverture de leur part. Souhaitons que les intolérants, de chaque côté de ce débat, profiteront des semaines avant le Festival de la fierté dans la capitale pour cheminer dans leur acceptation mutuelle de la différence.




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