Trop tôt pour imiter la France

ÉDITORIAL / La France vient d'annoncer six grandes initiatives... (AP, Étienne Laurent)

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AP, Étienne Laurent

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ÉDITORIAL / La France vient d'annoncer six grandes initiatives environnementales: la plus frappante est l'interdiction de la vente des véhicules à essence ou diesel... d'ici 2040. Souhaitons que le Canada ne s'inspire pas du gouvernement d'Emmanuel Macron à ce chapitre. Pour un pays de la taille de la France, qui jouit d'un climat tempéré favorable aux énergies vertes, ça manque de l'audace dont elle a fait preuve dans le passé en développant un réseau de transport en commun ancré sur son train à grande vitesse (TGV).

Le développement des véhicules électriques s'est remis en branle il y a 25 ans mais depuis une dizaine d'années, nous avons assisté à une véritable explosion de l'offre. D'une poignée de modèles assez semblables et proposés par deux ou trois constructeurs, la population a aujourd'hui accès à une assez large gamme chez presque tous les grands fabriquants. La course est maintenant à l'innovation et si Toyota a été l'un des précurseurs avec son modèle Prius, la Suédoise Volvo a frappé l'imagination cette semaine avec l'annonce qu'elle ne produira plus de modèles à combustion... dans deux ans. C'est dire combien il existe une émulation dans l'industrie automobile de tourner la page sur la motorisation à essence. Deux ans, c'est un horizon très court pour une multinationale dont les coûts de conversion de ses usines sont si lourds.

En une décennie, les progrès technologiques ont été immenses. La course à l'autonomie des véhicules est en croissance constante grâce à des batteries toujours plus performantes. En informatique, la loi de Moore dicte que la performance des ordinateurs et de ses composantes double à chaque année. Même si l'industrie automobile électrique ne devait progresser deux fois moins lentement, la performance des Leaf, Volt et Bolt de 2023, année des prochaines élections fédérales, pourraient être équivalentes à celles d'un véhicule à essence aujourd'hui. Imaginez comment ce sera en 2040!

Alors lorsque l'on compare le pari osé de Volvo et le délai de 22 ans et demi que se donne la France, on a l'impression que cette annonce sert surtout à capter l'attention des Français. Il y a un nouveau gouvernement en France et le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, veut s'y positionner favorablement. Ce sera plus difficile pour son gouvernement d'imposer un plafond de 50 % à l'énergie nucléaire, tout en fermant le robinet des usines au charbon d'ici 2022.

Cela dit, le Canada peut-il imiter un tel mouvement vers les véhicules électriques? 

Dans l'état actuel de l'industrie automobile, absolument pas. 

Le Canada, ce n'est pas la France. Les gouvernements commencent à peine à investir dans de vastes réseaux de transport en commun. Notre immense territoire exige des véhicules d'une grande autonomie. Les stations de recharge gagnent en nombre mais elles sont encore trop peu nombreuses. Faire le tour de la Gaspésie, traverser le parc des Laurentides jusqu'en Abitibi, arpenter le nord de l'Ontario ou franchir les Prairies exige un calcul précis pour des autos qui n'ont pas une motorisation supplémentaire à essence. Les Canadiens recherchent aussi plus que des sedans électriques ou hybrides: l'offre de camions, de VUS et de minifourgonnettes est encore trop faible, ou inexistante pour le marché canadien. D'ici cinq ans, cela devrait changer mais cela reste à voir. 

Le ministre Nicolas Hulot aurait pu imiter l'Inde et viser 2030 pour l'élimination des véhicules à combustion. 

Quant au Canada, malgré le bon vouloir environnemental du gouvernement de Justin Trudeau, nous n'en sommes pas encore là. Dans quelques années, peut-être.




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