Compenser? Difficile mais juste

« M. Khadr avait 15 ans lorsqu'il a été... (Associated Press)

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« M. Khadr avait 15 ans lorsqu'il a été arrêté, puis accusé d'avoir lancé la grenade qui a tué le sergent Christopher Speer, de l'armée américaine », précise Pierre Jury.

Associated Press

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ÉDITORIAL / Le gouvernement fédéral s'apprêterait à dédommager Omar Khadr et à lui adresser des excuses officielles. Le montant qui circule est estimé à plus de 10 millions $. Des supporters des droits de la personne se réjouissent alors que d'autres s'indignent que le Canada puisse verser de l'argent à un « terroriste ».

Ce n'est pas une solution inventée de toute pièce mais bien un règlement qui s'inscrit dans un continuum logique qui a été endossé jusqu'au plus haut tribunal du pays. En 2010, à l'unanimité, la Cour suprême reconnaissait que « le Canada a activement participé à un processus contraire aux obligations internationales qui lui incombent en matière de droits de la personne et a contribué à la détention continue de M. Khadr, de telle sorte qu'il a porté atteinte aux droits à la liberté et à la sécurité de sa personne que lui garantit l'art. 7 de la Charte [des droits et libertés]. »

La Cour suprême ajoutait même qu'Omar Khadr « a droit à une réparation ».

C'est ce que le gouvernement de Justin Trudeau est en train de régler. Le gouvernement prend là une décision « courageuse mais juste », pour reprendre les mots du général Roméo Dallaire, aujourd'hui sénateur, et militant pour les droits des enfants-soldats qui, comme M. Khadr, ont été enrôlés de force ou à leur insu.

Pendant des années, les gouvernements qui se sont succédé à Ottawa ont ignoré le dossier d'Omar Khadr. Le verdict des libéraux de Jean Chrétien et Paul Martin, lorsque les faits et son emprisonnement sont survenus, est complexe. M. Khadr avait 15 ans lorsqu'il a été arrêté, puis accusé d'avoir lancé la grenade qui a tué le sergent Christopher Speer, de l'armée américaine. Omar Khadr a reconnu son geste, mais la validité de son témoignage est remis en cause en raison des techniques d'interrogatoire utilisés par les autorités des Etats-Unis. Il était emprisonné à Guantanamo et les relations canado-américaines, au moment des faits, étaient tendues entre le président George W. Bush et MM. Chrétien et Martin.

On ne saura probablement jamais vraiment ce qui est arrivé en Afghanistan le jour de la mort de M. Speer. Ce que nous savons, c'est qu'Omar Khadr était mineur au moment des faits, et que son père Amhed Khaid Sadr entretenait des relations étroites avec le mouvement terroriste Al-Qaïda. Et que ces sombres liens ont suffi au gouvernement de Stephen Harper pour nier les infractions aux droits fondamentaux du fils Khadr, qui est né au Canada. M. Harper n'est plus là mais les voix conservatrices entonnent toujours le même refrain. À leurs yeux, il est inconcevable qu'Ottawa s'excuse à une personne qui a commis un acte terroriste, et encore moins qu'on lui verse des millions en compensation. Si des millions de dollars doivent servir, ils doivent être versés à la veuve du sergent Speer, et à ses deux enfants. 

Cette pensée primaire réitère l'incompréhension complète de certains conservateurs aux principes des droits de la personne au Canada, et aux jugements de la Cour suprême dans le cas d'Omar Khadr. 

Et si Ottawa devait estimer que la veuve Speer doit recevoir compensation du Canada, il faut séparer les deux causes, même si c'est difficile. Nous ne devons pas laisser nos émotions prendre le dessus mais bien comprendre les principes en jeu. 

Les terroristes n'ont pas gagné dans le dossier d'Omar Khadr, mais notre société de droits qui aura su, au terme de 15 années tumultueuses, arriver à une solution logique, respectueuse, et bouleversante.




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