Les élèves victimes de l'immobilisme

« Chaque année qui passe pousse de plus... (123rf)

Agrandir

« Chaque année qui passe pousse de plus en plus de contribuables francophones à transférer leurs taxes scolaires vers le réseau anglophone », mentionne l'éditorialiste Pierre Jury.

123rf

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

ÉDITORIAL / Cela fait deux ans que bouillonne la controverse sur les taux de taxes scolaires en Outaouais. Le gouvernement du Québec et le ministre de l'Éducation ne font rien, supposément parce que changer les règles du jeu créerait des iniquités ailleurs en province.

Il s'agit d'une bien mauvaise excuse pour justifier son immobilisme. Québec a eu suffisamment de temps pour réfléchir et proposer le meilleur des correctifs à ses yeux. En attendant, les élèves des commissions scolaires francophones font les frais de cette inexplicable paralysie de solutions.

Chaque année qui passe pousse de plus en plus de contribuables francophones à transférer leurs taxes scolaires vers le réseau anglophone. Encore cette année, des centaines de familles francophones qui n'ont plus d'enfants à l'école du quartier choisissent d'envoyer leurs taxes scolaires vers la Western Quebec School Board. (Les familles avec enfants doivent demeurer fidèles à la commission francophone de leur territoire.)

L'année 2017 ne fait pas exception. L'influx de nouveaux contribuables permet à la WQSB de réduire son fardeau de taxes de 23,8 %, comme le rapportait notre collègue Justine Mercier, dans notre édition d'hier. L'écart, peu significatif il y a quelques années, est aspiré vers le bas dans une spirale déflationniste qui fait que chaque année, des centaines d'autres familles sans enfants joignent le mouvement. 

Le réseau anglophone gagne des contribuables, récolte plus de sous... sans avoir plus d'enfants sous sa responsabilité. C'est le pactole ! 

À l'inverse, les commissions scolaires de langue française voient leurs revenus réduire inexorablement. Ce sont des millions de dollars qui leur glissent entre les doigts tandis que le niveau de service, lui, ne diminue pas. Il y a ainsi moins de contribuables pour supporter une facture toujours aussi importante. Le résultat : la facture de taxes scolaires augmente pour chaque famille. 

Nulle part l'impact est-il ressenti amèrement qu'à la Commission scolaire des Draveurs. Ses dirigeants sont pointés du doigt et accusés de mal gérer l'argent des contribuables alors qu'ils n'y sont pour rien dans ce jeu dont les règles sont dictées par Québec. 

Entre la facture des anglophones et celle des francophones, l'écart atteint quelque 500 $ pour le propriétaire d'une maison évaluée à 250 000 $. L'attrait de transférer ses taxes scolaires est facile à comprendre, d'autant plus que la manoeuvre administrative est simple et que l'économie est récurrente. Et si rien ne change, ce sera encore plus profitable l'an prochain !

Si Québec ne veut pas changer la mécanique, qu'il reconnaisse un statut particulier pour l'Outaouais. De telles exceptions existent déjà en santé et dans la taxation de l'essence. Ou qu'il impose un taux unique pour tout le Québec, bien que ce serait s'immiscer dans le pouvoir de taxation des commissions scolaires. 

À défaut de ces pistes de solution, il y en a au moins une autre, que Le Droit avait déjà suggérée il y a un an, presque jour pour jour : interdire purement et simplement les transferts de taxes. 

Chacune des propositions a ses avantages et ses défauts. Que le ministre de l'Éducation Sébastien Proulx choisisse celle qui lui paraît la plus équitable et la plus juste pour les contribuables de l'Outaouais et ceux de l'ensemble du Québec. Mais le ministre ne peut s'en laver les mains. Il savait que cette problématique reviendrait alors que les commissions scolaires adoptent leurs budgets. Son immobilisme pourrait être interprété comme de l'incompétence alors que le gouvernement libéral tente de projeter un nouveau visage pour l'année électorale qui s'entame. Cela ne peut être ce que M. Proulx souhaite...




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer