Violence armée: la nouvelle norme

« Voilà la nouvelle réalité d'Ottawa. Les gangs de... (Archives La Presse)

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« Voilà la nouvelle réalité d'Ottawa. Les gangs de rue paraissent bien implantés et le lucratif commerce de la drogue cause bien des rivalités ».

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ÉDITORIAL / Les fusillades ont doublé depuis cinq ans à Ottawa.

Jusqu'à tout récemment, il y en avait entre 20 et 25 par an. Maintenant, c'est à peu près à toutes les semaines, et certains se souviendront de cette incroyable journée d'août 2016 où quatre incidents du genre sont survenus en une seule journée. Ottawa était-elle devenue un nouveau Far-West ? Évidemment pas. Mais la recrudescence et le rythme d'épisodes de violence semblent être devenus la nouvelle norme pour la capitale.

L'autre indicateur évident pour la population, c'est évidemment le nombre de meurtres. Là, les statistiques sont moins claires. En moyenne, 7 à 10 personnes étaient victimes de meurtres, mais les deux dernières décennies ont connu deux années de triste exception, 25 en 1995 et 14 en 2016. Cette dernière donnée, couplée avec la hausse importante de fusillades, a laissé croire à plusieurs que c'était reparti pour une autre année sombre à Ottawa. Souhaitons plutôt une accalmie.

Mais ce n'est pas ce dont nous avons été témoins ces dernières semaines avec un meurtre et une fusillade autour de l'intersection des rues Rideau et Augusta, près du quartier Côte-de-Sable, et deux autres morts et un blessé près de la rue Dalhousie, à deux pas du marché By.

À chaque épisode de violence armée, Jim Watson tente de se faire rassurant. Cela incombe au maire de rassurer la population locale, et d'envoyer le message à l'industrie touristique qu'Ottawa demeure « l'une des villes les plus sécuritaires au pays ». 

Mais les chiffres parlent d'eux-mêmes et les paroles réconfortantes du maire Watson ne peuvent gommer les nouvelles données : « Ottawa-la-morne » ne l'est plus, et au plan de la criminalité, elle a tristement progressé dans le camp des grandes villes canadiennnes, toutes proportions gardées. Plusieurs vagues d'immigration ont changé son paysage culturel, et les communautés ethniques sont surreprésentées dans ces vagues de violence.

Voilà la nouvelle réalité d'Ottawa. Les gangs de rue paraissent bien implantés et le lucratif commerce de la drogue cause bien des rivalités. L'éventuelle légalisation de la marijuana, annoncée pour le 1er juillet 2018, n'aura probablement pas un impact pacifique important. La demande pour les drogues dures existera encore ; les mineurs qui ne pourront s'approvisionner dans les comptoirs légaux continueront de créer une demande auprès des revendeurs. Enfin, il n'est pas dit que le crime organisé et les importateurs de drogue ne déclencheront pas une guerre de prix dans les rues de la capitale. Bref, ils n'ont pas dit leur dernier mot... et c'est au sein de ces organisations clandestines qui se disputent marchés et territoires que l'essentiel des fusillades se produisent. 

Le solde des crimes relève enfin de crime passionnels, à quelques exceptions près. 

Compte tenu de ce portrait de la criminalité, la population qui ne fraye pas dans ces milieux n'a que bien peu à craindre. Mais le risque n'est jamais à zéro. La menace d'une balle perdue demeure toujours. Vingt-deux ans après sa mort futile, on se rappelle encore la disparition du jeune Daniel Desrochers, à Montréal, victime innocente de la guerre des motards, survenue en plein jour. Le tollé a été immédiat. Personne n'est à l'abri à Ottawa non plus. Les commerçants et les résidants du marché By et de la rue Rideau sont sur leurs gardes, et avec raison. Personne ne sait si les deux derniers épisodes de violence ne sont que de tristes accidents de parcours, ou s'ils s'inscriront dans une recrudescence renouvelée de violence dans la capitale.




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