Sears et le saut vers le XXIe siècle

Au Canada, la multinationale compte encore aujourd'hui plusieurs... (Archives, La Presse canadienne)

Agrandir

Au Canada, la multinationale compte encore aujourd'hui plusieurs bannières mais Sears demeure sa plus connue, sa plus reconnue.

Archives, La Presse canadienne

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

ÉDITORIAL/ L'hécatombe qui bouleverse la vente au détail a frappé une fois de plus, hier, alors que les magasins Sears du Canada se sont placés sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies. Ce détaillant aux profondes racines historiques a du même coup annoncé qu'il éliminait 2900 emplois et fermait 59 de ses 225 magasins au pays.

Les spécialistes du commerce n'auront pas été surpris par cette décision. La maison-mère aux États-Unis a annoncé il y a quelques mois à peine une restructuration de même ampleur. Mais c'est quand on observe l'histoire de Sears au cours du XXe siècle que l'on peut mieux comprendre ce qui se passe aujourd'hui. La chaîne a grandi avec l'urbanisation puis avec l'explosion démographique de l'après-guerre, lançant des marques (Kenmore, Allstate). Sears a été le miroir de la société de consommation tant aux États-Unis qu'au Canada. Métamorphosée depuis quelques décennies vers une ère d'information, Sears et les autres commerces au détail ont dû se réinventer. Sears n'y arrive pas vraiment. Eaton est disparu, Simpsons et Ogilvy ont été avalés. La Baie d'Hudson essaie de surnager en gérant serré: encore 2000 postes éliminés la semaine dernière. 

Mais d'autres prospèrent: Wal-Mart est devenu le plus grand détaillant de la planète, et les magasins-entrepôts du type Costco soutirent leur épingle du jeu. 

Au Canada, la multinationale compte encore aujourd'hui plusieurs bannières mais Sears demeure sa plus connue, sa plus reconnue. La présente ronde d'amincissement portera ce nombre à 160 et dans plusieurs communautés, Sears disparaîtra totalement. Dans la région, c'est le cas en Outaouais avec la fermeture annoncée de sa succursale des Galeries de Hull. Cornwall, Brockville, Sudbury et Timmins écoperont aussi. À Ottawa, il n'en restera plus que deux, aux centres d'achats Saint-Laurent et Carlingwood; un dans l'est et un dans l'ouest. Mais cette division géographique ne répond pas aux nouvelles habitudes des consommateurs du XXIe siècle. Sears n'est pas un magasin de proximité, ni même de destination. Ce n'est qu'une autre option de magasinage pour des générations attirées par le commerce en ligne.

Un spécialiste de la vente au détail a avancé que Sears souffre de la concurrence d'Internet sur deux plans. De plus en plus de consommateurs se tournent vers les plateformes électroniques pour faire leurs emplettes où ils ont l'embarras du choix plutôt que d'être limités aux quelques marques offertes par Sears. Ils n'ont pas le réflexe des générations qui les ont précédés de vouloir toucher, essayer, apprécier avant de poser le geste d'achat. Ils sont rassurés quant à la sécurité des transactions électroniques et si l'objet ne fait pas, on le retourne sans frais. Aussi, Internet leur permet de vérifier spécifications, prix et autres qualités avant de procéder à l'achat. À ce jeu des comparaisons auxquelles se livrent des consommateurs plus avisés que jamais, Sears perd aussi des ventes. Doublement perdant donc. 

 Sears n'a jamais vraiment su faire le virage électronique nécessaire... si même cela était possible pour un grand magasin à rayons. Il s'est coincé entre les magasins à bas prix, les commerces spécialisés et la vente en ligne. Au Canada, ses dirigeants ont tout essayé et invoqué toutes les raisons pour leurs échecs. Ils ne pouvaient tous être des incompétents. Peut-être bien que le mandat était simplement impossible à atteindre. Et que le raz-de-marée des commerçants du XXe siècle ne disposent pas des outils pour répondre aux besoins des acheteurs du XXIe siècle.




À lire aussi

  • Sears annule le chèque d'une cliente

    Actualités

    Sears annule le chèque d'une cliente

    En mai, la télévision de Nicole Morin-Cyr, un écran plat acheté il y a un peu plus de deux ans au magasin Sears du Carrefour de l'Estrie, a lâché.... »

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer