Un Sénat 2.0 pour évaluer Meilleur

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Madeleine Meilleur

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ÉDITORIAL / La candidature de Madeleine Meilleur au poste de Commissaire aux langues officielles révélera, sans doute pour la première fois de façon si transparente, les différentes factions au Sénat. Conséquence imprévue ! Le vote sera surveillé de près, non pas parce qu'il pourrait bloquer ou ouvrir la porte de l'ex-députée d'Ottawa-Vanier, mais parce qu'il livrera un indice sur l'avenir du Sénat.

Lundi, Mme Meilleur a comparu devant le comité plénier du Sénat pendant 90 minutes. Sans surprise, elle a fait l'objet de questions soutenues quant à l'indépendance qu'elle afficherait dans le poste de grand témoin des langues officielles au Canada. Ses liens politiques lui font obstacle, selon certains. Ils s'interrogent sur le difficile équilibre entre l'impartialité requise pour la fonction et le caractère partisan de son travail au cours des 13 dernières années. Après avoir été conseillère municipale à Ottawa, elle a dirigé divers ministères au sein du gouvernement libéral en Ontario, d'abord sous Dalton McGuinty, puis Kathleen Wynne. 

Pendant tout ce temps, elle a aussi été la ministre responsable des Affaires francophones et peu de candidats pour diriger le Commissariat des langues officielles sont arrivés en poste avec une aussi large connaissance des enjeux linguistiques, pas seulement en Ontario français, sa société d'accueil depuis des décennies, mais au Canada et ailleurs. Cette compétence est malheureusement balayée sous le tapis sous le poids de la partisanerie que Mme Meilleur porte en elle. Le chef sortant du Nouveau Parti démocratique, Thomas Mulcair, est l'un de ses plus ardents critiques. Pour d'autres raisons, des voix de l'Acadie se sont joint à ces doutes.

Le poste de Commissaire aux langues officielles est l'un des sept postes d'agent du Parlement, au sein du gouvernement fédéral. La dotation de ces postes se fait avec l'approbation des partis d'opposition aux Communes, et doit aussi être approuvée par le Sénat.

Les libéraux étant majoritaires aux Communes, ils pourraient forcer l'approbation de Mme Meilleur. Le poids de cette décision controversée serait ainsi transféré au Sénat. Cela ne doit plaire à tous les sénateurs.

Mais cette responsabilité n'échoit pas sur un Sénat comme nous en avons connu dans le passé. L'institution, qui porte aujourd'hui la nette empreinte de Justin Trudeau, est plus sévèrement divisée que jamais dans l'histoire de la fédération. Le premier ministre doit composer aujourd'hui avec ses décisions passées. Cela semblait une bonne idée, en janvier 2014, d'« affranchir » le Sénat de tout contrôle par le Parti libéral, tant les membres passés que futurs. Face à 38 sénateurs conservateurs, il reste 18 sénateurs « libéraux indépendants ». Ils sont somme toute assez fidèles à leurs allégeances passées. S'ajoute à ce lot 42 réels « indépendants » qu'il a pour la plupart nommés depuis deux ans. Ils ont été choisis justement parce qu'ils n'avaient aucun lien connu avec le Parti libéral ; leur indépendance d'esprit et leur valeur comme Canadiens a primé sur tout autre critère. Ils ne s'exprimeront pas nécessairement en bloc, comme avant. 

Un jour, ce Sénat renouvelé se rééquilibrera peut-être mais ce n'est pas pour demain. Entre temps, cette imprévisible Chambre haute doit étudier les projets de loi issus des Communes, et au cours des prochaines heures, entériner ou rejeter la proposition « Madeleine Meilleur » souhaitée par le gouvernement Trudeau. 

À suivre, tant pour la décision sur l'avenir de l'ex-ministre que sur l'avenir du Sénat, élément-clef de l'édifice parlementaire canadien.

Bienvenue au Sénat 2.0 !




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