Pas comme une lettre à la poste

Madeleine Meilleur se présente devant les députés du... (Photo Colin Perkel, archives PC)

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Madeleine Meilleur se présente devant les députés du comité quelques jours après l'annonce de sa désignation par Justin Trudeau.

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ÉDITORIAL / Le choix de Madeleine Meilleur pour occuper le poste de Commissaire aux langues officielles ne passe pas comme lettre à la poste. Compte tenu des qualités qu'elle amène à la table, cela est fort regrettable... mais les réactions négatives étaient fort prévisibles. Ce sera au gouvernement de Justin Trudeau, et à la ministre du Patrimoine, Mélanie Joly, d'évaluer s'ils s'entêteront en ce sens, quitte à en porter la responsabilité politique.

Lorsque le choix de Mme Meilleur a semblé dans la poche, la semaine dernière, Le Droit a applaudi cette sélection solide. Mais encore davantage, Le Droit a applaudi le choix d'une personne issue de la francophonie ontarienne. Fort de plus de 610 000 personnes, sans compter des dizaines de milliers d'autres francophiles, l'Ontario français a de belles candidatures à offrir pour le poste aux langues officielles, et gagnerait en reconnaissance si l'une d'elles était choisie. 

Le nom de François Boileau, déjà Commissaire aux services en français en Ontario, a par ailleurs circulé avant que celui de Mme Meilleur ne semble se confirmer.

Mais plusieurs arguments ont été soulevés en défaveur de l'ex-députée d'Ottawa-Vanier. 

L'opposition néo-démocrate à la Chambre des communes a été virulente. Si le chef Thomas Mulcair ne met pas en doute ses compétences ni son engagement, ses allégeances partisanes lui font problème.

Il met le doigt sur un talon d'Achille de la candidature de Mme Meilleur. Libérale sans regrets pendant ses 13 années à l'Assemblée législative de l'Ontario, il demeure difficile à croire qu'elle sera « non partisane » à l'avenir. 

Sa couleur passée lui causerait inévitablement des soucis au poste de Commissaire aux langues officielles. Même si ce bureau n'a autorité que sur les organisations fédérales, le commissaire joue un rôle de facilitateur auprès de plusieurs organisations et gouvernements. Un jour, elle se retrouvera face à un adversaire politique et la recherche de solutions pour les communautés linguistiques minoritaires ne s'en trouvera que plus difficile. 

Le dernier commissaire issu du milieu politique avait été Victor Goldbloom ; mais cet ancien ministre libéral sous Robert Bourassa avait quitté la politique depuis 12 ans avant d'être nommé commissaires aux langues officielles... par Brian Mulroney, premier ministre progressiste-conservateur ! Mme Meilleur n'a pas eu tout ce temps pour se faire oublier.

Par ailleurs, ses contacts avec l'équipe de M. Trudeau donnent l'impression que les nominations partisanes se font encore comme avant dans les rangs libéraux. Une rencontre avec Gerald Butts, un café avec Katie Telford, un rappel de ses dons au Parti libéral du Canada et à la campagne de Justin Trudeau... et voilà le travail ! 

Pourtant, pendant sa campagne électorale en 2015, M. Trudeau avait été très clair que les nominations politiques ne se feraient plus selon les mêmes critères partisans, s'il était élu. La création d'une commission indépendante des nominations a été bien accueillie. Le travail de ce nouvel organisme indépendant, d'abord pour doter deux douzaines de postes au Sénat, puis pour des centaines d'autres dans la machine gouvernementale, a été salué pour sa qualité et sa probité.

À la lumière de ce processus, la campagne d'autopromotion de Madeleine Meilleur sonne faux. Ses propos sur ses ambitions sénatoriales, puis pour le Commissariat aux langues officielles, nourrissent les attaques des adversaires qui associent libéraux avec une mentalité de « tout-m'est-dû ». Jusqu'où le gouvernement Trudeau défendra-t-il le choix de Mme Meilleur, et à quel point cela le rendra-t-il vulnérable... au détriment de l'Ontario français, victime collatérale de tout ça ?




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