Après le lait, le bois d'oeuvre...

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«Si le bois canadien irrite tant l'industrie et le gouvernement américains, nous pouvons tout aussi bien le vendre à d'autres», estime l'auteur.

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ÉDITORIAL / Surprise surprise, les États-Unis viennent de déclencher une guerre commerciale avec le Canada à propos du bois d'oeuvre. Depuis 35 ans, les deux partenaires économiques n'ont connu que de trop brèves accalmies dans ce domaine. Depuis 1982, nous avons connu cinq ententes et chaque fois qu'une d'elles vient à échéance, le litige reprend. L'industrie du bois d'oeuvre aux États-Unis convainc son  gouvernement de contester les pratiques forestières au Canada, et en attendant un règlement, chaque planche canadienne vendue aux États-Unis fait l'objet d'une taxe spéciale.

C'est exactement ce qui vient d'arriver. 

La dernière entente venait à échéance en 2015. Des procédures administratives prévenaient une réaction jusqu'à tout récemment. Hier, le président Donald Trump est passé à l'action et a ainsi annoncé l'imposition, une nouvelle fois, de droits compensateurs d'environ 20 % sur les exportations de bois d'oeuvre du Canada vers son pays. La mesure doit se mettre en branle sous peu.

Qu'est-il donc arrivé à la bonne entente entre MM. Trump et Justin Trudeau ? C'était il y a deux mois à peine. Le 13 février dernier, les deux politiciens se sont rencontrés à la Maison-Blanche et n'ont apparemment même pas abordé la question du bois d'oeuvre. Il a été question d'« ajustements » à l'ALÉNA, l'Accord sur le libre-échange nord-américain, dont le bois d'oeuvre est exclu. Ils avaient convenu de resserrer les liens bilatéraux en énergie, et applaudi tous les deux la future construction du pipeline Keystone XL, approuvé par les États-Unis après des années de blocage sous Barack Obama. 

De bois d'oeuvre ? Rien. Pas un mot.

Depuis, le président est allé mousser le Parti républicain au Wisconsin et on lui a parlé des revenus en baisse dans l'industrie du lait dans cet état fermier. M. Trump, avec ses excès de langage habituels, a sauté sur le dos du Canada. Il a qualifié les pratiques canadiennes d'« injustes », et l'ALÉNA, de « désastre total » pour son pays...

Voici qu'il ouvre un nouveau chapitre sur le bois d'oeuvre. La réaction canadienne a été vive justement parce que les plaies du passé n'ont jamais le temps de cicatriser. Les États-Unis estiment chaque fois que la redevance payée par l'industrie canadienne sur le bois tiré des terres publiques n'est pas suffisante. Bref, qu'elle équivaut à une forme de subvention déguisée aux producteurs et transformateurs du Canada. Le mécanisme de résolution des conflits à l'ALÉNA, et l'Organisation mondiale du commerce donne raison au Canada. Mais en attente d'un règlement, les entreprises et les travailleurs canadiens en souffrent. Au Québec seulement, 60 000 personnes voient leur industrie bouleversée par une chicane de principes. 

Le Canada et les provinces, encore une fois, ont décrié ces droits compensateurs. Ils protesteront sur toutes les tribunes, mais cela prendra des années avant de trouver un terrain d'entente. Même les consommateurs américains en souffrent parce que les prix de leurs maisons et de leurs meubles augmenteront -- mais ils n'ont aucun vecteur de contestation. Ils sont coincés à en subir les effets.

Si le bois canadien irrite tant l'industrie et le gouvernement américains, nous pouvons tout aussi bien le vendre à d'autres. C'est ce que nous faisons de plus en plus, d'ailleurs, même si ces marchés d'exportation sont plus éloignés. Et nous devons explorer encore davantage cette porte de sortie qui nous affranchit de l'ogre américain qui veut dicter les règles quand elles ne lui plaisent pas.




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