La France des espoirs difficiles

Les 11 candidats à la présidentielle française lors... (Martin Bureau, AFP)

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Les 11 candidats à la présidentielle française lors d'une émission spéciale, jeudi soir.

Martin Bureau, AFP

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ÉDITORIAL / La France ira aux urnes en fin de semaine; 11 candidats se présentent à ce premier tour qui doit, comme le prévoit le système politique dans l'Hexagone, déterminer les deux participants d'un second tour, le 7 mai prochain. L'objectif est que le président-élu ait l'appui d'une majorité d'électeurs français.

François Fillon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon se talonnent dans les sondages d'opinion, tous entre 20 et 25 % des intentions de vote, un peloton unique dans l'histoire.

Jusqu'à la montée du Front national de Mme Le Pen (et son père Jean-Marie avant elle), les courses réunissaient d'ordinaire deux opposants, un issu de la gauche, l'autre de la droite. Avec son programme fortement ancré sur la place de l'immigration dans la société française, le FN a bousculé l'ordre binaire établi.

Emmanuel Macron, qui tente de se frayer un chemin par le centre, détiendrait une légère avance au sein du quatuor. À moins que  les marges d'erreur ne brouillent le portrait, Mme Le Pen et lui seront du second tour.

MM. Mélenchon, de l'extrême-gauche, et Fillon, de la mouvance républicaine de droite, complètent le portrait. Ce dernier menait pourtant, à un moment donné. Sa campagne, basée sur le conservatisme et l'intégrité, a déraillé lorsque l'hebdomadaire Le Canard enchaîné a révélé des histoires d'emplois fictifs pour son épouse et ses enfants. 

Ce népotisme depuis longtemps honni au Canada a encore cours en France. Si les moeurs y évoluent, le candidat Fillon n'a pas su se mettre au diapason d'un électorat qui pâtit de conditions économiques difficiles: reprise économique qui se fait toujours attendre depuis la crise de 2008, impôts et coûts sociaux élevés qui freinent l'emploi, chômage élevé à environ 25 % chez les jeunes, pire encore parmi les immigrants.

Parallèlement, les Français vieillissent et tiennent à leur filet social, à leurs retraites à 65 ans. Les réformes sont difficiles à mettre en place; Nicolas Sarkozy l'a bien tenté en 2007. Fidèle à son habitude, le peuple est sorti dans la rue et a bloqué plusieurs réformes, comme celle de la semaine de 35 h, avant que la crise de 2008 le force, comme bien d'autres, à l'interventionnisme économique, comme Stephen Harper au Canada, d'ailleurs.

Sur toutes ces questions qui touchent leur quotidien, les candidats de 2017 sont largement muets, se limitant à de belles paroles d'encouragement pendant que Marine Le Pen, elle, a évidemment sa cible toute désignée, la faute à l'immigration, puis à l'Union européenne. 

Arrivent en fin de course deux frousses de terrorisme. Ces allusions à l'islamisme radical ont rappelé les attaques sanglantes de Charlie Hebdo, du Bataclan et de Nice, et Mme Le Pen, déclarant la France «en guerre», tente d'en profiter. Cette lecture polarisée n'annonce rien de bon.

Le Canada n'est pas sans défis. Il n'a pas le passé colonial de la France, ni n'a de voisins musulmans qui forment l'essentiel de son immigration, couplée à celle de l'Afrique noire. La nôtre est bigarrée, multiethnique. Cela diffuse un peu les cibles. Depuis près de deux ans, le gouvernement de Justin Trudeau nourrit l'espoir, encourage la relance par l'éducation et les infrastructures, et imprime une ouverture vers l'autre bien plus appropriée que la fermeture aveugle des frontières et le discours de menace perpétuelle qui a large cours en France. Souhaitons que ce message de tolérance habite un peu plus les électeurs français.




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