L'impérialisme culturel de Netflix

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Netflix Canada franchira sous peu le cap des 4 millions d'abonnés.

Associated Press

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ÉDITORIAL / En 10 ans, Netflix est devenu un géant du divertissement mondial. Autrefois limité au sol américain, la société de vidéos sur demande s'internationalise. Elle franchira le cap des 100 millions d'abonnés ces jours-ci et l'an prochain, la moitié d'entre eux résideront ailleurs qu'aux Etats-Unis, dans les 190 pays où il est aujourd'hui présent. L'interrogation demeure : comment ce diffuseur a-t-il pu si aisément imposer l'impéralisme culturel américain ?

Cela tient presque du mystère. 

Outre quelques séries à grand succès comme House of Cards ou Chef's Table, l'essentiel de la programmation de Netflix consiste en des films américains de série B, ou pire encore, des navets de série C, assaisonnés de succès du passé qui trouvaient autrefois une nouvelle vie dans les clubs vidéo. 

Netflix Canada franchira sous peu le cap des 4 millions d'abonnés. Il est particulièrement étonnant de constater le nombre de foyers francophones fidélisés à un service offrant une si faible proportion de films et d'émissions produites au Canada français. La sélection s'étoffe si l'on ajoute au bouquet de programmation les doublages mais ils irritent pourtant tant de téléspectateurs...

Sans rechigner, les Canadiens versent à Netflix environ 10 $ par mois. On apprécie tacitement l'absence d'une taxe de vente qui fait économiser 1 à 2 $ par mois, mais qui prive nos gouvernements d'autant de précisuses ressources. 

Pendant ce temps, combien pestent contre l'État fédéral qui verse quelque 35 $ -- annuels ! -- au diffuseur national, la Société Radio-Canada/Canadian Broadcasting Corporation ? Ces critiques omettent sciemment que le diffuseur bilingue oeuvre sur trois plateformes technologiques différentes (radio, télévision et Internet). Sans doute sont-ils plus fidèles aux diffuseurs privés que sont TVA, V et autres CTV et qu'ils ne comprennent pas que le Trésor public verse 1 milliard $ par an à des chaînes qu'ils ignorent dans leurs habitudes d'écoute.

Ce que Netflix (et d'autres sociétés de diffusion à la carte) représente, au-delà de l'argumentaire sur la taxation, c'est que les Canadiens, et même des dizaines de milliers de Québécois d'expression française, se formalisent bien peu de toutes ces interrogations sur le contenu canadien, ou en langue française. Ils désirent être divertis, point à la ligne. Et Netflix les nourrit à grosses cuillerées ; il est devenu le plus gros investisseur en programmation du continent -- 5 milliards $ US par an. De l'exclusif ou du réchauffé, il importe peu. 

L'attrait du divertissement à tout prix semble particulièrement seoir aux 35 ans et moins, à cette génération de milléniaux nourris à la mondialisation et à l'ouverture. C'est bien beau, la planétisation des canaux culturels et le multilinguisme des citoyens mais quand ces derniers se demanderont ce qu'il est advenu de la production culturelle et télévisuelle qu'ils créent et dans laquelle ils se reconnaissent, il sera trop tard. 

Consolons-nous, nous ne sommes à ce niveau ni mieux ni pire que les autres citoyens du monde. Au-delà leur admiration du modèle américain incarné par les Adam Sandler ou Sylvester Stallone, ils se contentent aussi d'un néant de programmation dans leur langue et leur culture. De rares exceptions comme « Marseille » pour la France, « Hibana » au Japon, ou « Ingobernable », au Mexique, confirment la règle. 

On en oublie presque que le Canada s'est déjà battu à l'UNESCO, à l'Union européenne, pour exclure la culture de l'ALÉNA et autres traités économiques. Un débat du passé auquel les abonnés de Netflix font la sourde oreille ? Il semble bien.




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