La trahison de l'enfant chéri

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Le président et chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare, et le président exécutif du conseil d'administration, Pierre Beaudoin

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ÉDITORIAL / Depuis sa création, et au fil de sa transformation en géant du transport, Bombardier est devenu l'un des enfants chéris du Québec Inc. C'est pourquoi la population réagit si fortement aux nouvelles négatives qui l'afflige.

Elle est montée aux barricades lorsque le fédéral s'est traîné les pieds devant les appels à un financement pour ses avions de la C-Series. Elle monte tout autant aux barricades parce qu'elle se sent trahie devant les hausses de salaire que les cadres viennent de se voter.

Une augmentation de 48 % pour les cinq principaux dirigeants de Bombardier, sans justification, sans que le bilan de l'entreprise ne l'explique point. Ils étaient déjà bien payés : plus de 6 millions $ pour le pdg Alain Bellemare, plus de 3 millions $ pour le président du conseil, Pierre Beaudoin. Ils voient dorénavant leur rémunation doubler à 13 millions $ et 7 millions $.

Pourtant, au cours de l'année 2016, l'entreprise a crié à l'aide pour que le fédéral lui vienne en aide. Ottawa a finalement accepté de verser un prêt sans intérêt de 372,5 millions $ à Bombardier. Les contribuables du Canada tout entier rechignent à cette autre aide à Bombardier qu'ils qualifient de « welfare bum » pour son réflexe de soutirer toujours davantage de subventions d'Ottawa.

Et c'est sans rappeler tout ce que le Québec a investi dans Bombardier depuis 18 mois : 1,3 milliard $ du gouvernement du Québec dans les avions de la C-Series, tandis que la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui gère les retraites des fonctionnaires de l'État, pompait quant à elle 2 milliards $ dans la division ferroviaire de Bombardier.

Mais ce n'est pas tout !

Car au cours de l'année 2016, Bombardier a procédé à deux rondes de réductions d'emploi, éliminant 14 500 salariés dans l'entreprise. Environ 4000 au Québec, des centaines d'autres au Canada. 

Évidemment, Bombardier est une entreprise privée et son comité de rémunération défilera sa liste de raisons pour justifier les hausses de traitement de ses cadres. 

Ses gens parleront du besoin d'offrir des salaires compétitifs dans l'industrie, de la rétention essentielle des cadres de haut calibre, du prix de l'action. Mais les gens se doutent bien qu'il y a beaucoup de la frime derrière ça. Ce n'est pas comme si Bombardier avait connu une performance record en 2016... sauf en coupures d'emplois et en sollicitation de fonds publics. 

Et puis, ils savent bien que les consommateurs ne peuvent pas se rebeller et cesser d'acheter les produits Bombardier. La division des motoneiges, motomarines et motos a été vendue il y a plusieurs années. Comment boycotter un vendeur d'avions ?

Mais des gestes demeurent possibles. Le gouvernement du Québec ne doit pas rester muet. Il est actionnaire de la C-Series avec Bombardier et doit dire haut et fort qu'il n'est pas d'accord avec les hausses de traitement et qu'elles doivent être renversées. La Caisse siège aussi au conseil de Bombardier et elle doit elle aussi dire que l'épargne des Québécois est mal investie dans une entreprise qui se permet de dilapider sans justification des millions en salaires de cadres. 

Les Québécois ne sont pas muets : ils doivent dire à leurs députés, aux syndiqués de Bombardier et, s'ils devaient les rencontrer, à MM. Bellemare et Beaudoin que la limite du bon sens a été franchie.




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