Victoire étudiante sur toute la ligne

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ÉDITORIAL / Les cinq années qui se sont passées depuis les premières manifestations du Printemps érable, au Québec, permettent de constater que le mouvement étudiant l'a emporté sur toute la ligne.

La perspective d'une hausse des frais d'études universitaires a été remise aux calendes grecques. Réélus trois ans plus tard, les libéraux n'ont pas osé revenir à la charge pour régler ce qu'ils estimaient un réel problème de financement des universités au Québec : le problème perdure encore. 

Le mouvement étudiant a profité d'une conjonction de phénomènes qui ont aidé leur combat contre la tentative du gouvernement de Jean Charest de presque doubler les frais universitaires. 

M. Charest était au pouvoir de façon ininterrompue depuis 2003. Ses gouvernements ont traversé des mers houleuses, un épisode minoritaire, beaucoup de grogne, une incapacité à régler les problèmes du réseau de la santé et surtout, des doutes persistants sur des questions éthiques. Il n'avait accepté de créer la commission d'enquête sur la corruption dans la construction, présidée par France Charbonneau, qu'après des mois à en nier la pertinence. De fait, c'était l'un de ses modes de fonctionnement que de nier les problèmes. Il n'a pas agi différemment lorsque la grogne dans les milieux collégiaux et universitaires s'est fait entendre, et cela lui a coûté cher. Jean Charest s'est fié à son flair politique, et il a perdu. Quoique de justesse. Quelques mois plus tard, son gouvernement tombait aux mains d'un Parti québécois dirigé par Pauline Marois, qui n'a pu dégager une majorité à l'Assemblée nationale. Sa direction aura été éphémère et le Parti libéral a par la suite affiché un visage nouveau avec Philippe Couillard à la barre. 

Quant à M. Charest, il s'est fait discret depuis sa retraite politique, et nous sentons sa crédibilité personnelle fragilisée.

Ce n'est pas le cas des trois leaders du mouvement étudiant. Martine Desjardins a raté sa rentrée politique pour le PQ mais préside aujourd'hui le Mouvement national des Québécoises et Québécois. Léo Bureau-Blouin a été député du PQ avant de subir la défaite ; il poursuit ses études comme boursier Rhodes, en Angleterre. Et Gabriel Nadeau-Dubois se lance lui aussi ces mois-ci en politique, sous la bannière d'un Québec solidaire qui semble lui ouvrir toutes grandes les portes de l'action partisane. Nous n'avons pas fini d'entendre parler d'eux et leurs forces individuelles, combinées au printemps 2012, ont été cruciales pour le mouvement étudiant. Sans leur habileté à soulever les foules et à verbaliser les doléances des jeunes, nous ne parlerions pas du Printemps érable encore aujourd'hui.

Rarement aura-t-on vu le mouvement étudiant si galvanisé. Son influence s'est fait sentir jusqu'en Outaouais, pourtant pas un berceau du militantisme. En 2012, les jeunes de l'Outaouais ont crié « présent ! » comme bien d'autres régions du Québec.

Derrière les étudiants qui sortaient quotidiennement, sous une météo clémente, décorés de leurs carrés rouges, plusieurs mouvements sociaux adultes se sont greffés, tapant sur des casseroles. Ils ont profité de la brèche pour porter leurs doléances anti-libérales sur la place publique. Une rare coalition dans l'histoire du Québec !

Avec le temps, elle s'est essoufflée mais les étudiants, eux, ont gagné leur pari. Sur le fond, le problème du financement universitaire ne se réglait pas, mais le message a passé : ça ne se ferait pas sur le dos des étudiants.




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