Aide médicale à mourir, phase II

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La tragédie vécue par Mme Lizotte et ses proches, et ce cas n'est pas unique, semble indiquer que le gouvernement pourrait amorcer une phase II de la réflexion sur les soins de fin de vie.

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ÉDITORIAL / L'assassinat de Jocelyne Lizotte, cette semaine à Montréal, a bouleversé l'opinion publique et relancé le débat sur l'aide médicale à mourir. Mais ne tombons pas dans le piège de la Coalition avenir Québec qui soutient qu'il y a « urgence d'agir ». Sur ces questions morales qui interpellent directement des milliers de citoyens, l'empressement n'est pas la voie à suivre. C'est plutôt le contraire : il faut prendre son temps et réfléchir aux conséquences sous toutes ses coutures.

Trois ans après la promulgation de la Loi concernant les soins de fin de vie, au Québec, le dossier a cheminé. La population a été sensibilisée et il existe aujourd'hui une expérience de centaines de cas qui ont été vécus dans toutes les régions du Québec, dans tous les cultures, les fois, les particularités. Par ailleurs, le gouvernement fédéral a depuis adopté sa propre loi (moins contraignante que celle du Québec). 

La tragédie vécue par Mme Lizotte et ses proches, et ce cas n'est pas unique, semble indiquer que le gouvernement pourrait amorcer une phase II de la réflexion sur les soins de fin de vie.

D'ailleurs, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a affiché une ouverture appréciable sur le sujet. 

Cela ne réglera pas le cas immédiat du mari de Mme Lizotte, Michel Cadotte, qui a avoué avoir « craqué » devant l'état lourdement hypothéqué de sa compagne. La demande d'aide médicale à mourir avait été refusée. Si l'homme de 55 ans a agi au nom d'une compassion envers sa femme, cela ne sert pas (encore) de motif dans le monde juridique. Il a donc été accusé de meurtre non prémédité, mardi. 

La loi québécoise sur l'aide médicale à mourir pose des balises fort contraignantes qui écartent notamment les malades qui n'ont pas ou plus les capacités intellectuelles pour en faire une demande éclairée. Le comité multipartite qui avait réfléchi sur la question, au début des années 2010, avait reconnu que cette catégorie de cas ne faisait pas consensus. En l'absence d'une unanimité claire, il valait et vaut toujours mieux s'abstenir : nous parlons tout de même de décisions irrévocables sur la vie humaine. 

Des mineurs en phase terminale ont aussi livré d'émouvants témoignages de souffrance, démontrant une maturité bien au-delà de leur âge. Leurs exhortations à mettre fin à leurs jours doivent-elles toujours être interdites ? 

Ces discussions méritent d'être tenues. Il faut aussi inclure dans les échanges l'appui aux proches, comme l'a souligné Nicole Poirier, du centre Carpe Diem - Centre de ressources Alzheimer, à Trois-Rivières. Au quotidien La Presse, elle s'interrogeait sur l'accompagnement que M. Cadotte avait reçu, et le désarroi dont il a fait preuve dans certains témoignages. Beaucoup d'adversaires de l'aide médicale à mourir réclamaient plus de ressources pour les malades et leurs proches. À leurs yeux, il était incompréhensible que l'État légifère pour accélérer la mort même si des personnes en fin de vie en faisaient une demande éclairée. Leurs arguments ne seront qu'encore plus importants à soupeser si l'aide médicale à mourir doit être élargie d'un cran ou deux. 

Il n'est ni trop tôt ni trop tard pour reprendre le dialogue sur cette question déchirante. Sans se presser, mais sans écarter les thèmes qui interpellent nos valeurs les plus profondes. Comme pour la première étape, la commission parlementaire s'avérera l'outil collectif pour encadrer cette conversation.




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