Les nouvelles règles des élus

Gerry Sklavounos... (EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE)

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Gerry Sklavounos

EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

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ÉDITORIAL / Après un timide mea culpa, la semaine dernière, le député Gerry Sklavounos a repris sa place à l'Assemblée nationale, hier. Enfin, pas tout à fait sa place. Il sera dorénavant assis à l'arrière, comme indépendant, et non plus parmi la députation libérale. Comme homme public, il devrait se compter chanceux de pouvoir réintégrer son boulot: il n'aurait pas fallu grand chose pour qu'il se retrouve dans de bien sales draps... tout double sens ici étant totalement volontaire.

Les citoyens n'ont plus la même tolérance à l'endroit d'élus qui ont des comportements moins honorables que leur fonction ne l'exige. 

Bien évidemment, les traditions juridiques s'appliquent toujours et les soupçons, les allégations et les accusations doivent toujours passer l'ultime test du «au-delà du doute raisonnable» devant les tribunaux. Mais la réintégration des élus dans leurs fonctions politiques, même lorsque le test judiciaire est franchi avec succès, n'est pas garantie. La carrière politique est sévèrement endommagée. 

M. Sklavounos siège depuis 2007 à l'Assemblée nationale. Avocat de 42 ans, il incarnait à un certain moment donné la relève au sein du Parti libéral du Québec. Issu de la communauté grecque, parfaitement à l'aise en français, le gouvernement de Jean Charest lui avait vite confié quelques responsabilités, à son arrivée. Puis, c'est comme si sa carrière avait plafonné. Nous ne saurons probablement jamais s'il y avait un lien entre ces aspirations professionnelles amputées et sa réputation de charmeur que des femmes travaillant dans le milieu politique québécois l'avaient affublé.

L'enquête du Département des poursuites criminelles et pénales n'a mené à aucune accusation contre M. Sklavounos à propos de gestes allégués à l'endroit d'Alice Paquet, une hôtesse de restaurant à Québec. L'affaire avait fait grand bruit, l'automne dernier, quant à la manière que les allégations avaient été rendues publiques. C'est dans le cadre d'une manifestation sur les droits des femmes que Mme Paquet avait révélé avoir été agressée sexuellement par un député. Les gestes remontaient à plus de deux ans, en 2014. Plusieurs ont mis en doute son témoignage car la victime avait admis avoir accompagné M. Sklavounos à sa chambre d'hôtel. Elle aurait été consentante à certains attouchements, mais hésitante à aller plus loin. Comment elle a verbalisé cet inconfort n'était pas clair.

À partir de là, la force des accusations à l'endroit du député de Laurier-Dorion, dans la région de Montréal, en prenait un coup.

Au fédéral, on a vu un épisode similaire, en 2014, lorsque Justin Trudeau a écarté deux de ses députés, Scott Andrews et Massimo Pacetti, pour inconduite sexuelle. Le premier a été défait à l'élection de 2015, le second a choisi de ne pas se représenter. Il n'aurait de toute façon pas pu le faire sous l'enseigne libérale.

Tout récemment, à Québec, le ministre libéral de l'Agriculture, Pierre Paradis, a aussi été suspendu pendant une enquête sur des gestes similaires. 

Aujourd'hui, le comportement privé des politiciens suit une logique plus exigeante que les citoyens ordinaires. Ils doivent être plus honorables que leurs commettants. 

Ces derniers ne perdront pas nécessairement leur emploi pour des gestes similairement répréhensibles. En politique, c'est différent et tous sont avertis. Cette nouvelle loi de l'opinion publique, l'abandon de la présomption d'innocence, c'est le prix à payer pour être en politique ces années-ci, et la carrière publique de Gerry Sklavounos se terminera à la fin de son mandat.




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