Faire de Trump un allié, pas un ami

ÉDITORIAL / Le gouvernement canadien s'est très bien tiré d'affaire au terme de... (Sean Kilpatrick, La Presse canadienne)

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Sean Kilpatrick, La Presse canadienne

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ÉDITORIAL / Le gouvernement canadien s'est très bien tiré d'affaire au terme de ce premier face-à-face entre le premier ministre Justin Trudeau et le président Donald Trump. Les choses auraient pu se passer très mal avec ce président aux réactions parfois imprévisibles.

Évidemment, les chefs de gouvernement des deux pays ne s'entendent pas sur toute la ligne. C'est tout à fait normal. Le but des échanges n'était pas de convaincre l'autre qu'il a raison, mais simplement de jeter les bases d'une relation d'affaires qui devrait durer encore au moins deux ans et demi, et peut-être même plus de six ans si MM. Trudeau et Trump devaient être réélus. Trente ou 78 mois, c'est considérable dans un monde politique où une semaine est une éternité. 

Le Canada a besoin d'une relation cordiale avec les États-Unis, son plus important partenaire économique. Il ne cherchait pas nécessairement à se faire un nouvel ami à Washington mais à tout le moins, à faire du nouveau président un allié.

M. Trump, a la liberté de diriger le pays le plus puissant de la Terre ; il peut agir comme le costaud qui sait tout mais en même temps, on ne peut se quereller avec tout le monde. Il a tiré à boulets rouges à l'endroit de la Corée du Nord, de la Chine et du Mexique mais son ton s'est adouci ces derniers jours. M. Trump a lui aussi besoin d'alliés.

Parfois maladroit en public, Justin Trudeau est resté fidèle à son plan de match d'éviter d'aborder les sujets qui divisent le Canada et les États-Unis, et de mettre l'accent sur ce qui nous rapproche. Et le thème qui est le plus évident pour eux, c'est justement le partenariat économique des deux pays. C'est d'autant plus un terrain que connaît bien M. Trump, un homme d'affaires qui applique encore des réflexes d'homme d'affaires dans tout ce qu'il touche.

M. Trudeau a savamment évité le piège d'une journaliste qui s'informait des profondes divergences d'approche des deux administrations sur l'accueil des réfugiés de Syrie. Il a diplomatiquement écarté l'affaire en disant qu'il n'était pas venu « faire la morale » aux États-Unis. Exactement le ton à emprunter et M. Trump, qui aurait pu parler d'une frontière poreuse entre les deux pays par où des terroristes passeraient - les Canadiens l'ont déjà entendu -, n'a pas bronché. 

Au Canada, le Nouveau Parti démocratique a reproché à Justin Trudeau son silence sur l'interdiction d'entrée que M. Trump veut imposer sur l'immigration (surtout musulmane) de sept pays moyen-orientaux. Cette attitude hautaine témoigne d'un amateurisme primaire que le premier ministre a évité. Encore une fois, ce n'est pas en lançant des reproches que l'on bâtit une relation. 

Cela s'est si bien déroulé pour le Canada que le démantèlement de l'Accord de libre-échange nord-américain que réclame le président n'avait plus besoin que d'« ajustements » (tweaking en version anglaise). Nous n'avons pas entendu d'appel à augmenter notre contribution financière à l'OTAN, une idée fixe de M. Trump. 

Finalement, les nombreuses visites des ministres canadiens à Washington, ces dernières semaines, auront porté fruit. Et sans doute aussi le petit cadeau personnalisé lorsque Justin Trudeau a offert une photo de son père, Pierre Elliott Trudeau, en compagnie de Donald Trump, il y a plus de 35 ans. La vie est une roue qui tourne et ce geste anodin aura servi d'amorce aux échanges. Judicieux !

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