Les as de Bombardier

Deux modèles réduits de l'avion commercial CSeries de... (La Presse canadienne, Paul Chiasson)

Agrandir

Deux modèles réduits de l'avion commercial CSeries de Bombardier

La Presse canadienne, Paul Chiasson

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

ÉDITORIAL / Après plus d'une année de discussions, le gouvernement fédéral a confirmé sa participation dans Bombardier. Ce sera un prêt de 372,5 millions $ qu'il fera en quatre versements annuels. Bombardier prévoit rembourser un montant sur chaque avion vendu.

Cela peut sembler une grosse somme mais en réalité, il s'agit de peccadilles pour Bombardier. En fait, l'avionneur n'en avait même pas besoin. Cela lui servira de coussin. Le président Alain Bellemare, qui n'avait pas la mine radieuse de quelqu'un qui vient de gagner à la loto, était tout de même satisfait. 

« Notre position financière est très solide, a-t-il lancé. Nous pouvons maintenant regarder vers l'avant. »

Disons qu'il était plus heureux lorsque le gouvernement du Québec avait insufflé 1,3 milliard $ dans la division des avions C-Series, en 2015. À ce moment-là, Bombardier était sur la corde raide et les ventes payantes n'avaient pas encore décollé. 

Depuis, le premier vrai test chez Swiss International s'est montré concluant. Air Canada a ajouté 45 appareils au carnet de commandes, plus des options pour 30 autres. Delta et Porter Airlines sont intéressés. Le climat n'est plus à la panique et Bombardier peut même se permettre de faire le difficile. La société, par exemple, refuse de revoir son actionnariat qui favorise indument la famille des héritiers de Joseph-Armand Bombardier. Elle a tenu la dragée haute au fédéral et est quand même repartie avec un prêt fort avantageux.

Comme contribuables, nous ne pouvons qu'« espérer » que ce coussin protégera quelques centaines ou milliers d'emplois. À Montréal ou en Ontario.

Car le prêt n'ira pas que pour appuyer le projet de la C-Series, mais aussi les avions Global dont les premières étapes d'assemblage se font à Toronto. 

Les contribuables canadiens se sont-ils fait avoir ? Cela dépend de votre point de vue. Des analystes issus de la droite très conservatrice en ont contre l'idée même de subventionner des entreprises du secteur privé, à plus forte raison lorsqu'elles sont profitables comme l'est Bombardier. Ils les traitent de « parasites corporatifs » qui tiennent les gouvernements en otage pour leur soutirer toujours davantage de fonds publics -- les anglophones les qualifient de « welfare bums » !

Au sens strict, ces critiques sont exactes. Mais dans cette industrie globalisée, il n'existe que quatre grands noms qui sont, outre Bombardier, l'européenne Airbus, l'américaine Boeing et la brésilienne Embraer. Et tous leurs gouvernements les appuient d'une manière ou d'une autre. Si le Canada devait décider -- et aucun gouvernement n'en a eu la témérité jusqu'ici, pas même les conservateurs -- de couper les vivres aux Bombardier de ce monde, ce serait sacrifier ses 25 000 emplois de pointe, fort bien rémunérés et source de fierté. 

Pensez aux appels au scandale lorsque le Québec n'a pas levé le petit doigt pour prévenir la vente des quincailliers Rona aux Américains, ou de la Rôtisserie Saint-Hubert à des Ontariens. Nous parlons ici d'emplois dans le secteur des services, et ils ne disparaîtront pas pour autant... juste les profits quitteront la Belle Province. Imaginez donc que Bombardier soit abandonné par nos gouvernements, puis sans doute liquidés à gauche et à droite, les emplois de choix sacrifiés sur l'autel de l'indépendance d'esprit. Ce serait le tollé, la crise, le chahut incessant. 

On comprendra donc qu'en 2017, le fédéral avait davantage besoin de Bombardier que Bombardier n'avait besoin des millions d'Ottawa. Dans le monde industrialisé d'aujourd'hui, les grands ont bien des as dans leur jeu.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer