Une promesse rompue

Le premier ministre Justin Trudeau... (Archives, Associated Press)

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Le premier ministre Justin Trudeau

Archives, Associated Press

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ÉDITORIAL / Cela fait des mois que Justin Trudeau envoyait des signaux clairs d'inconfort quant à la réforme du mode de scrutin. Le premier ministre voyait bien que c'était mal engagé. Hier, il a tiré un trait sur ce débat d'intellectuels.

Avant l'élection du 19 octobre 2015, il était prêt à aller loin pour l'emporter. Même à faire de cette réforme un élément clef du programme électoral du Parti libéral; cela l'aiderait à subtiliser des votes au Nouveau Parti démocratique. Il y a mis le paquet. Il a prononcé cet engagement plusieurs fois pendant la campagne, et il l'avait inscrit dans le discours du Trône.

Voilà qu'il la range loin dans un placard, dans l'espoir que la population canadienne l'oublie. Bonne chance. Si briser des promesses électorales importune peu certains Canadiens désabusés du système politique, bien d'autres retiennent que leur confiance a été bafouée. Et ce n'est pas bon signe. Cela nourrit le cynisme et pourrit l'atmosphère pour toute la classe politique, les libéraux et tous les autres partis.

Il aurait été à demi-mal pour M. Trudeau de dire que l'échéancier de 2019 apparaissait aujourd'hui irréaliste. Ce qui est vrai, même si son gouvernement s'est pas mal traîné les pieds dans le dossier de la réforme du scrutin. Sa volte-face a surtout irrité les gens du NPD qui sentent que le pouvoir leur a un peu filé entre les doigts à cause de l'aura de sincérité dans lequel s'était drapé M. Trudeau sur cette question qui était fondamentale pour eux.

Changer la manière que les Canadiens votent et choisissent leur gouvernement va au coeur de notre histoire démocratique. Quiconque songe à modifier les règles de fonctionnement ne doit pas le faire pour s'approprier des avantages pour lui et son parti mais pour l'améliorer au bénéfice de toute la population. Il faut pour cela inclure les partis d'opposition et d'autres Canadiens concernés dans la réflexion et l'élaboration de plusieurs options de remplacement parmi lesquelles la population fera son choix.

Le système en place, que l'on appelle uninominal à un tour, n'est pas le meilleur mais il possède la grand avantage d'être facile à comprendre: le candidat qui obtient le plus de vote remporte la circonscription. 

Le gouvernement Trudeau a confié le dossier à une ministre sans expérience. Il a gaspillé des mois avant de former un comité multipartite pour étudier la réforme du mode de scrutin. Sans surprise, il n'y avait pas de consensus. Au mieux sentait-on un bon appui à un mode de scrutin proportionnel. On croit que M. Trudeau préférait le vote préférentiel: les nuances laissent les Canadiens froids mais passionnent les politologues. Rompre l'impasse aurait pris du temps et du doigté. Le premier ministre aurait dû donner une chance au dialogue. Il aurait pu confier le tout à un comité de sages. Dans 18 ou 24 mois, il aurait pu annoncer à la population qu'un interminable débat idéologique le forçait à repousser de quatre ans l'échéancier qu'il avait illusoirement fixé à 2019. C'aurait mieux passé et il aurait pu sauver les apparences. 

En fermant les livres, Justin Trudeau prouve qu'il ne croyait pas vraiment en cette réforme du scrutin. S'il y a déjà cru. 

Il a préféré tout balayer sous le tapis et le faire tôt dans son mandat dans l'espoir que les électeurs aient oublié à la prochaine élection. Plusieurs n'oublieront pas.

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