Pas à l'abri

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Des centaines de citoyens ont participé à des vigiles dans plusieurs villes canadiennes, lundi soir.

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ÉDITORIAL / La tuerie à la Grande mosquée de Québec a provoqué un énorme élan de compassion à l'endroit des victimes musulmanes, et de tous leurs compatriotes également. Cette expression de sympathie est tout à l'honneur des Québécois et des Canadiens qui sont sortis spontanément, dans des délais assez courts, un frisquet soir de semaine. Cela a dépassé les frontières de la Vieille Capitale et du Québec, même à Ottawa des gens sont sortis en grand nombre, et ailleurs au pays. Peu de catastrophes humanitaires ont un tel pouvoir de mobilisation sur la population. Pensons au 11 septembre, à Polytechnique, à Charlie Hebdo, etc.

Cette chaleur humaine exceptionnelle a été reçue avec émotion par plusieurs leaders de la communauté musulmane de Québec qui ont été profondément et sincèrement touchés par ce qu'ils ont vu et entendu.

Mais au travers, il y a aussi eu des paroles discordantes. Certains Arabes ont qualifié d'«hypocrites» ces manifestations d'amour. De toute évidence, tout le monde ne s'est pas senti toujours bienvenu. La réalité, c'est que les immigrants ont beaucoup de difficulté à se tailler une place au sein de la société d'accueil canadienne. À l'emploi, au logement, le racisme existe encore. Moins qu'ailleurs, moins qu'en France où l'intégration des immigrants est encore aujourd'hui un défi. L'influx massif de nouveaux arrivants d'une seule source, le Maghreb, nourrit l'intolérance dans bien des communautés du sud de la France, dans les «banlieues» de Paris et dans les rangs du Front national de Marine Le Pen. 

Le Québec n'est pas à l'abri de cette intolérance et l'accusé dans la tuerie de Québec, Alexandre Bissonnette, se serait abreuvé du discours du FN. 

Il n'est pas le seul. Plusieurs partagent discrètement ces idées d'intolérance au sein de la majorité silencieuse - ceux là ne sont pas sortis dans les rues pour crier sa solidarité avec les victimes musulmanes de Québec, mais ils n'en pensent pas moins. Peut-être sont-ils des auditeurs des radio-poubelles de Québec? Peut-être sont-ils ceux qui applaudissent à l'interdiction du voile islamique dans les lieux publics en France, et qui souhaitaient que la Charte des valeurs québécoises aille aussi loin.

Les Québécois peuvent célébrer leur ouverture, le gouvernement de Justin Trudeau peut applaudir les valeurs d'accueil et les succès d'intégration des migrants syriens en 2016, un discours certain d'intolérance a cours au pays. Il s'est fait entendre à la commission Bouchard-Taylor, il ressort à toute demande perçue d'un accommodement raisonnable. Il ne faut pas être naïf et nier ces faits qui reviennent comme les marées. 

Certes, cette intolérance prend de la force quand un gouvernement souligne trop ardemment la peur de l'autre, la crainte du terrorisme, les impératifs de sécurité nationale et martèle qu'aucun pays n'est à l'abri. Il y a tout un continuum qui part d'un nationalisme trop débordant, qui emprunte par la suite les voies de la peur, puis du populisme aveugle pour se rendre à la fermeture, au repli sur soi, et puis pire encore, qui a provoqué des guerres de religion, à du nettoyage ethnique, à l'extermination raciale, etc. 

Le Québec digère ces jours-ci un drame horrible qui le marque au fer rouge. Bien. Mais nous ne sommes pas à l'abri. Il ne suffit pas de grand chose pour que l'intolérance émerge encore. Serons-nous tous plus sages la prochaine fois?

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