L'hérésie des salaires du secteur public

La première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne... (Patrick Woodbury, archives Le Droit)

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La première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne

Patrick Woodbury, archives Le Droit

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EDITORIAL / Le gouvernement de Kathleen Wynne n'avait pas le choix. Il lui fallait dénoncer les propositions d'augmentation de salaire qui pointaient dans le secteur public ontarien. Maintenant, il lui reste encore à fermer solidement la marmite et à mettre en place un mécanisme supplémentaire qui verra à virtuellement prolonger le gel salarial qui était en place depuis 2012.

Le gouvernement libéral n'arrive pas à endiguer la grogne populaire à propos des tarifs d'électricité en Ontario. Il doit déclencher des élections d'ici 16 mois et les travailleurs qui ont le sentiment qu'ils n'ont pas grand répit au plan du portefeuille.

Permettre de substantielles augmentations salariales à des gestionnaires du réseau public qui empochent déjà 200 000 $, 300 000 $ ou davantage aurait envoyé un très mauvais message aux contribuables qui doivent aumieux composer avec des hausses salariales autour de l'Indice du coût de la vie. C'aurait pu être interprété comme un clou dans le cercueil de Mme Wynne.

Le gel salarial remonte à 2010 lorsque Dalton McGuinty en a imposé un aux enseignants syndiqués. Par souci d'équité, le gouvernement libéral d'alors a étendu à plus de 480 000 autres employés du secteur public dans le but de contribuer à l'effort de réduction du déficit de l'Ontario. Le gel a aussi été imposé aux cadres de tous ces réseaux de l'éducation primaire, secondaire et post-secondaire, de la santé ainsi que des agences gouvernementales. Seuls les employés des secteurs municipaux étaient exemptés.

Mais toute mesure exceptionnelle a une fin et le gel des salaires des cadres est dû pour être débattu. Mais déjà certaines augmentations faisaient l'objet de rumeurs. Et elles faisaient frissonner. Un exemple mentionné publiquement concernait le salaire de la présidente du collège Algonquin, à Ottawa. Cheryl Jensen reçoit déjà quelque 320 000 $ en compensation. Un comité proposait une augmentation de près de 40 % qui aurait porté son salaire à environ 445 000 $. 

Les comités de compensation étudient les salaires des cadres en utilisant des comparatifs dans d'autres institutions du secteur public. Mais le choix de ces comparatifs mène à des situations parfois hérétiques. 

Dans le calcul du salaire de la présidente d'Algonquin, deux des comparatifs qui étaient utilisés, selon divers médias, étaient la Régie des alcools de l'Ontario (LCBO) et l'aéroport Pearson. C'était ridicule. L'aéroport compte sur un budget de 1,4 milliard $ et la LCBO gère 6500 employés et génère des revenus de 5 milliards $. Sans diminuer l'apport d'Algonquin, ses huit campus et 5000 employés (25 % de temps plein seulement) et son budget de 300 millions $ ne pèsent pas aussi lourd.

Ce sont des incongruités qui font exploser les salaires. Le secteur privé souffre des mêmes enflures. Au début de janvier, un rapport du Centre canadien de politiques alternatives statuait que les 100 plus riches dirigeants d'entreprises au pays avaient empoché 9,5 millions $ en moyenne dans l'année. Ce qui les poussait à dire qu'au 3 janvier, ils avaient déjà gagné l'équivalent du salaire moyen d'un travailleur canadien, soit 49 510 $.

Les salaires du secteur public ne s'y comparent pas, mais la réaction n'est pas moins forte parce que ce sont les contribuables qui paient ces émoluments. 

Cette semaine, la vice-première ministre Deb Matthews a qualifié les hausses du secteur public d'« inacceptables ». Son gouvernement ne doit pas qu'en parler et doit fermer la porte à double tour.

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