Chimères africaines

La conseillère Sylvie Goneau espère stimuler les échanges... (Etienne Ranger, Archives Le Droit)

Agrandir

La conseillère Sylvie Goneau espère stimuler les échanges économiques avec le Burkina Faso.

Etienne Ranger, Archives Le Droit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

ÉDITORIAL / Elle demeure étonnante cette idée d'aller cueillir des pommes en Afrique lorsqu'il y en a de bien plus près.

Cette métaphore qui illustre bien l'idée, voire l'obsession de la conseillère Sylvie Goneau d'aller voir s'il y aurait pas des échanges économiques à stimuler entre Gatineau et le... Burkina Faso. 

Il est vrai que ce serait bien de donner un coup de main au peuple burkinabé. Enfin, après plus de 50 années de régimes militaires, l'ONU est enfin satisfaite de la dernière élection, en 2015. L'ex-président Blaise Compaoré a finalement dégagé au terme de presque 30 années de pouvoir à Ouagadougou.

C'est sans doute pour appuyer cette démocratie naissante que la Fédération canadienne des municipalités (FCM) cherche des municipalités qui pourraient donner un coup de main à l'économie de ce pays de 20 millions d'habitants. Qu'est-ce qu'on y produit ? Des métaux précieux, des produits d'agricultre : des céréales (millet, sorgho, maïs), des arachides et du coton. Mais l'économie de ce pays enclavé se complique par un réseau de transport déficient : un seul chemin de fer vers la mer, peu de routes asphaltées. Bref, on part de loin.

C'est vers ce marché que Mme Goneau, qui siège à la FCM, et une majorité de conseillers municipaux (!) espèrent stimuler des échanges économiques.

Comme si le bon sens avait quitté la salle du conseil pendant quelques heures.

C'est bien beau d'aider les pays en développement mais il y a une limite à nourrir de faux espoirs. Et surtout, à dévouer de précieuses et trop rares ressources municipales courir après une chimère.

Candidate à la mairie, Mme Goneau s'oppose d'un côté aux hausses d'impôts fonciers endossées par une administration de Maxime Pedneaud-Jobin qui refuse de réduire la masse salariale de la fonction publique gatinoise. 

De l'autre, voilà qu'elle a proposé que la Ville de Gatineau dégage des fonctionnaires municipaux afin qu'ils participent à ce programme de la FCM.

La directrice générale Marie-Hélène Lajoie a tenté de convaincre certains élus de ne pas éparpiller les ressources humaines gatinoises. Sans succès.

Pendant ce temps, les entreprises gatinoises peinent encore à obtenir leur juste part des contrats du gouvernement fédéral... à deux coins de rue de l'hôtel de ville.

Pendant ce temps, les marchés d'exportation vers les États-Unis sont mis en péril par le nouveau gouvernement de Donald Trump qui veut encourager le protectionnisme et le « Buy America First ». 

Dans ces deux dossiers, il y a du boulot considérable à accomplir pour protéger les maigres parts de marché que les sociétés gatinoises possèdent dans le marché américain. 

Le gouvernement libéral de Justin Trudeau est embarqué dans un gigantesque programme d'infrastructures qui pourrait profiter à des entreprises de Gatineau. Sans parler des marchés du Québec et de l'Ontario, aux portes de Gatineau. 

Il y a une limite à tirer sur une fleur pour qu'elle pousse plus vite.

Si une entreprise de Gatineau avait, par le plus grand des hasards, des possibilités d'affaires avec le Burkina Faso, bravo ! Elle mérite d'être accompagnée : ID Gatineau est là pour ça, faut-il rappeler. 

Il y a 12 ans, Yves Ducharme a perdu la mairie de Gatineau en partie parce qu'il avait couru après des affaires potentielles en Chine. Cette fois, c'est une conseillère municipale qui embarque Gatineau dans une aventure sans lendemain. Comme quoi on n'apprend pas toujours des erreurs du passé.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer