Un voyage embêtant

Le premier ministre Justin Trudeau, vendredi à Peterbourough... (Adrian Wyld, La Presse canadienne)

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Le premier ministre Justin Trudeau, vendredi à Peterbourough

Adrian Wyld, La Presse canadienne

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ÉDITORIAL / Lorsqu'ils sont dans l'opposition, les politiciens disent ou écrivent des choses qu'ils viennent à regretter lorsqu'ils arrivent au pouvoir. Justin Trudeau doit se demander pourquoi il s'est commis à de telles règles éthiques alors que la question de son voyage chez l'Aga Khan, aux Bahamas, ne cesse de soulever des interrogations.

C'est plus qu'une obsession médiatique nourrie entre autres par le fait qu'en l'absence d'une nouvelle plus croustillante, les médias s'acharnent et refusent de tourner la page sur ce voyage paradisiaque. Même les citoyens ont pris le relais : dans une tournée qu'il a menée au cours des deux derniers jours au coeur de l'Ontario, des contribuables ont aussi soulevé la question.

L'affaire touche un séjour que le premier ministre et sa famille ont fait autour du Jour de l'an. Au lieu de célébrer la nouvelle année sur la Colline parlementaire et marquer le 150e anniversaire de la Confédération, ils sont allés dans les Caraïbes. Bien des Canadiens ont fait pareil avec le retour de la saison froide. Et le premier ministre a bien le droit de prendre des vacances : personne l'accusera de paresse, lui qui multiplie les activités publiques depuis son arrivée en politique. L'élection de son gouvernement, en octobre 2015, n'a nullement refroidi son enthousiasme populaire, comme en témoigne sa récente tournée où même des gens qui n'ont pas voté pour le Parti libéral reconnaissent que son prédécesseur Stephen Harper ne se serait jamais rendu aussi accessible.

Que M. Trudeau soit allé visiter l'Aga Khan commence à soulever certaines interrogations. 

Certes, le premier ministre soutient que l'Aga Khan est un ami de la famille. L'Aga Khan, chef spirituel d'un groupe de musulmans shiites pacifistes, a tissé des liens avec tous les premiers ministres du Canada depuis des décennies, et des chefs d'État partout dans le monde. M. Harper en a fait un citoyen honorifique du Canada, un rare honneur décerné qu'à six personnes dans l'histoire. Ses campagnes pour la paix dans le monde sont adossées par une fondation que le Canada appuie à coup de dizaines de millions $. On ignore si de nouveaux engagements pour des dons ont été pris, ou même discutés.

Mais voilà, les chefs religieux n'ont pas tous une île privée aux Bahamas comme l'Aga Khan. À 120 km environ de la capitale, Nassau, on ne s'y rend que par bateau ou hélicoptère. Ce que la famille Trudeau a fait, ainsi que deux couples canadiens, celui du député Seamus O'Reagan et Anna Gainey, la présidente du PLC.

La politique interne de son propre parti restreint tout « voyage sponsorisé » et exige « l'approbation préalable du commissaire à l'éthique ».

Si seulement M. Trudeau avait eu le réflexe de faire biffer le mot « préalable », ses précisions auraient mieux passé dans l'esprit des Canadiens. Là, il a vraiment été pris la main dans le sac.

Cependant, il faut faire preuve d'indulgence. Outre ce séjour idyllique -- pour lequel il a dit qu'il paierait l'équivalent des billets d'avion pour les Bahamas pour lui et sa famille --, M. Trudeau n'a pas profité financièrement de toute cette affaire. Ni les invités. Les contribuables canadiens n'ont pas été floués.

Que Justin Trudeau rencontre l'Aga Khan n'irrite personne. Mais se déplacer jusqu'aux Bahamas pour le faire nourrit la suspicion des Canadiens qui craignent l'influence de l'argent sur les affaires de l'État. Voilà qui est maladroit.

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