Le progrès du déneigement

Après une chute de neige survenue l'an dernier,... (Etienne Ranger, Archives Le Droit)

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Après une chute de neige survenue l'an dernier, plus de 1000 plaintes se sont abattues au standard téléphonique gatinois 3-1-1 en trois jours.

Etienne Ranger, Archives Le Droit

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ÉDITORIAL / Chaque année, chaque importante chute de neige, le même concert de plaintes repart. À Gatineau, cela prend des airs de sport national.

Il y a un an, après une chute de neige survenue à 48 heures du jour de l'An, plus de 1000 plaintes se sont abattues au standard téléphonique 3-1-1 en trois jours. À chaque post-mortem, c'est le même refrain des autorités municipales à l'effet que les objectifs ont somme toute été atteints, qu'il y a tristement eu quelques ratés et que tout le monde apprendra de ses erreurs.

Mais apprend-on vraiment ?

La Ville de Gatineau dépense 16 millions $ pour le déneigement cette année. L'équivalent de 95,60 $ pour une propriété moyenne. À Ottawa, c'est 63 millions $... mais nous parlons là d'une capitale ! Si le premier ministre ne pouvait se rendre à l'édifice Langevin, le maire Jim Watson en entendrait parler. Tandis qu'à Gatineau, que Jean-Baptiste Lalancette ait de la misère à se rendre aux Galeries de Hull, ça passe inaperçu.

Ce n'est pas pour dire que le maire Maxime Pedneaud-Jobin se balance des soucis de M. Lalancette mais il doit équilibrer une équation plus complexe qu'à Ottawa. Il semble assez clair que les voisins ontariens sont plus calmes, moins revendicateurs. Est-ce parce qu'ils ont moins de raisons de se plaindre ? Parce qu'ils ont moins de vieux quartiers aux rues étroites où la neige devient vite encombrante ? Difficile à dire. Mais oui, il y semble y avoir un facteur culturel qui rend les Ottaviens plus conciliants devant les défis municipaux.

Évidemment, toute comparaison entre les deux villes doit tenir compte des kilomètres de routes et de trottoirs à déneiger, des niveaux de services requis, de l'équipement et des travailleurs disponibles, et des millions que chacune est prête à dépenser pour satisfaire ses citoyens. 

Les comparaisons peuvent aussi se faire dans le temps. Les voies publiques de Gatineau sont-elles mieux ou moins bien nettoyées que l'an passé, ou l'année d'avant ? Pour cela, il faut tenir compte du niveau des précipitations et la mémoire des citoyens est une faculté qui oublie.

Les autorités municipales le savent bien mais le citoyen qui regarde la neige s'accumuler sur la rue et le trottoir se soucie bien peu des comparaisons scientifiques : il veut du service ici et maintenant, et tout délai l'irrite. Il devrait cependant apprendre à être plus indulgent.

Les rues sont-elles mieux ou moins bien nettoyées qu'il y a cinq ou 10 ans ? Qu'avant la fusion municipale ? Ah, là le portrait commence à changer. À l'époque des cinq municipalités indépendantes en Outaouais urbain, la petitesse relative des administrations municipales garantissait une connaissance et une proximité des citoyens avec leurs élus, qui à leur tour connaissaient leur municipalité comme le fond de leur poche. Un élan de mode encouragé par le gouvernement du Québec a fait miroiter que « bigger is better », qu'une grande ville générerait des économies d'échelle, de meilleurs moyens et l'accès des équipements plus performants, etc. Tout le monde a bien constaté que l'eldorado n'était pas au rendez-vous. Personne n'avait la même définition de l'eldorado. 

Gatineau, plutôt que de contempler des améliorations de service, se lance maintenant dans la micro-gestion pour déterminer quels bouts de trottoirs elle pourrait ne plus déneiger.

Et on appelle ça le progrès.

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