L'autobus: utile, mais pas essentiel

Les citoyens d'Ottawaont enduré une grève des chauffeurs... (Patrick Woodbury, Archives Le Droit)

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Les citoyens d'Ottawaont enduré une grève des chauffeurs d'OC Transpo qui s'est étirée sur sept semaines en 2008.

Patrick Woodbury, Archives Le Droit

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Depuis deux ans, les 600 employés de la Société de transport de l'Outaouais livrent une partie de bras de fer pour conclure un nouveau contrat de travail. Ils ont endossé un mandat de grève presqu'à l'unanimité. Au même moment, on s'interroge à savoir si le transport en commun à Gatineau doit être reconnu comme un service essentiel. La réponse du tribunal pourrait tomber dès demain.

La STO argue que les autobus constituent un service essentiel ; cela aurait comme avantage parallèle d'augmenter son pouvoir de négociation face aux chauffeurs et employés d'entretien. Les travailleurs s'y opposent, naturellement.

Du point de vue du public, le service d'autobus est essentiel pour des milliers d'usagers qui n'ont pas ou peu d'autres options pour se déplacer. Ils doivent s'en remettre à des parents, des amis, des voisins ou des collègues pour aller à une clinique médicale, à la pharmacie, au travail ou à la garderie.

Mais il est question ici de droit du travail. Il faut plutôt soupeser ce droit au déplacement avec celui, bien supérieur à notre avis, des travailleurs d'exercer un droit de grève reconnu par les tribunaux. Le droit de négocier ses conditions de travail passe bien avant celui des usagers de se mouvoir, même si les raisons de le faire peuvent être tout à fait justifiées.

En droit québécois, la notion de « service essentiel » est née il y a une cinquantaine d'années. Sa définition ne s'est articulée qu'au terme de nombreux conflits. Mais le principe repose toujours sur les mêmes bases : la santé et la sécurité du public. Sont-ils affectés ? 

Prétendre que les citoyens doivent avoir accès à un réseau de transport en commun parce que certains l'utilisent pour aller à l'hôpital ou à la pharmacie est une extension inacceptable de ce droit. 

Les alternatives ne sont pas agréables mais elles existent. Les citoyens d'Ottawa peuvent en témoigner : ils ont enduré une opiniâtre grève des chauffeurs qui s'est étirée sur sept semaines en 2008. De mémoire, personne n'est décédé à cause du conflit, même si plusieurs ont vu leur pression sanguine monter à chercher des solutions de remplacement.

Depuis une vingtaine d'années, nous assistons à des tentatives de rétrécissement du droit des travailleurs au Québec. Il faut lutter contre. En 2008, la défunte Action démocratique du Québec a proposé que l'autobus soit considéré service essentiel. Ça n'a pas passé. Au fédéral, le gouvernement conservateur de Stephen Harper, qui se souciait peu des droits des travailleurs, a plusieurs fois légiféré (ou menacé de le faire) pour interrompre des mandats de grève ; il invoquait à chaque fois leurs effets délétères sur l'économie. C'était parfois tiré par les cheveux.

Souhaitons deux choses aux contribuables de Gatineau : d'abord, que le tribunal se garde de déclarer service essentiel le transport en commun, déjà en situation de monopole. Puis, que la STO tienne la dragée haute aux chauffeurs qui empochent déjà un salaire moyen de 65 000 $ par an pour un emploi qui n'exige ni diplôme ni formation particulière, ni ne provoque de stress indu. Maintenir de bons emplois bien rémunérés est important mais ils les ont déjà. Et pour que la STO tue dans l'oeuf son appétit sans fin pour les finances de la Ville de Gatineau, elle a besoin pour cela d'usagers prêts à endurer les désagréments temporaires d'une grève. Rien ne survient sans sacrifice.

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