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Le ministre des Finances, Bill Morneau... (Archives, La Presse Canadienne)

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Le ministre des Finances, Bill Morneau

Archives, La Presse Canadienne

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Selon un rapport du ministère des Finances, si rien ne change, le Canada s'engouffrera dans des décennies de déficits substantiels jusqu'en 2050. Ces perspectives tranchent avec celles de 2014 qui prévoyaient même l'élimination complète de la dette d'ici 25 ans.

Un an a suffi au gouvernement de Justin Trudeau pour renverser toutes les prévisions. 

L'équilibre budgétaire qui était un credo des conservateurs de Stephen Harper - qu'ils ne respectaient pas autant qu'ils s'en vantaient - a pris le bord et nous sommes entrés dans une nouvelle ère où les déficits ne sont pas honnis. Les libéraux, qui n'en ont jamais eu une peur viscérale, ont replongé le Canada dans l'encre rouge.

À l'élection du 19 octobre 2015, les Canadiens ont tourné le dos aux conservateurs et accepté l'idée qu'il ne fallait pas avoir peur de dépenser des fonds publics pour des investissements en infrastructures qui serviront en plus de stimulants économiques.

Le choix a été clair.

Mais l'engagement électoral chiffrait les déficits à «moins de 10 milliards $» pendant deux ans. Il y aurait un retour à l'équilibre budgétaire par la suite.

À la place, le ministre des Finances Bill Morneau a déposé un budget déficitaire de 27,8 milliards $, et un hypothétique retour à l'équilibre après 2022. 

C'est donc sur la base de ces nouvelles données que le ministère des Finances a extrapolé jusqu'en 2050. Les chiffres font peur mais ils doivent être pris avec un grain de sel. Un gros grain de sel. 

L'effondrement du prix du pétrole a été catastrophique pour les finances canadiennes. Mais le prix du baril ne demeurera pas sous les 55 $ comme aujourd'hui: il a d'ailleurs gagné presque 30 % en six mois. Les taux d'intérêt ne resteront pas éternellement bas. Par ailleurs, le vieillissement de la population paraît inexorable. Ce sont là des facteurs macroéconomiques qui peuvent faire infléchir les courbes prévisionnelles de façon importante.

En même temps, il ne faut pas ignorer la mise en garde qui se cache derrière ces données.

Il faut plutôt prendre ces études longitudinales comme de sérieux avertissements indiquant que si rien n'est fait, et si les conditions extérieures ne s'embellissent pas, les finances canadiennes se retrouveront dans une posture douloureuse... et que les correctifs le seront d'autant.

Il faut se souvenir des sévères restrictions budgétaires que Jean Chrétien et son ministre des Finances Paul Martin ont mises en place dès 1995. Les transferts aux provinces et les chômeurs y ont goûté. Les services fédéraux ont tous été questionnés et repensés. Quelque 50 000 fonctionnaires fédéraux, en grande partie à Ottawa et Gatineau, ont perdu leur emploi en 1995 et jeté la région de la capitale dans un ralentissement économique, doublé par l'incertitude politique du référendum au Québec. Personne ne veut revivre de telles perturbations.

Le gouvernement Chrétien renversait par là 25 années de déficits fédéraux. C'est sous Pierre Elliott Trudeau que l'ère de déficits substantiels a débuté. 

Le message de ce rapport du ministère des Finances est une occasion de rappeler que le nouveau gouvernement de Justin Trudeau s'est permis des largesses avec son premier budget, et semble nonchalant sur les suivants. Au contraire, il doit se montrer plus prudent avec les finances publiques. Sinon, nous serons dans le trouble en 2050. Et même bien avant.

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