Une belle avancée par le CRTC

Le président du CRTC, Jean-Pierre Blais... (La Presse canadienne)

Agrandir

Le président du CRTC, Jean-Pierre Blais

La Presse canadienne

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

ÉDITORIAL / Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a pris une décision historique en qualifiant Internet de service essentiel au plan des télécommunications.

Le patron du CRTC, Jean-Pierre Blais, a peut-être été nommé par un gouvernement conservateur (en 2012), il n'épouse pas dans ses positions l'image d'un gouvernement effacé qui laisse le secteur privé décider des grandes orientations du pays. Sous M. Blais, l'organisme réglementaire n'a pas craint de faire sien des principes dont l'application viendrait bouleverser l'ordre établi. C'est ce qu'il a fait en forçant la main des câblodistributeurs dans le dossier des bouquets de services télévisuels -- qui n'a pas livré les économies espérées --, et c'est ce qu'il a fait encore cette semaine avec l'accès à Internet. 

Les fournisseurs d'accès Internet devront élargir leur offre géographique. Mais le CRTC a maintenu le flou sur la facturation de ce service. Cela laisse au secteur privé un trop large muret derrière lequel il pourrait se terrer pour maintenir sa marge de profit.

En bout de ligne, ce sont évidemment les Canadiens qui paieront une bonne partie de ce nouveau service essentiel. Ça vous décourage ? Il faut accepter le fait que nous habitons un des plus vastes pays de la Terre. Dans certains domaines, ces larges territoires constituent un atout, dans d'autres, des défis à surmonter. En ce sens, le Canada vit la situation inverse de la Suisse ou du Japon. Nous devons composer avec cette différence et les coûts que cela engendre parfois.

Au cours des cinq à 10 prochaines années, plus de 1 milliard $ sera investi dans ce réseau à large bande. Cela sera fait via une redevance versée au CRTC, et via les fournisseurs d'accès Internet qui devraient refiler une bonne partie des coûts par des frais mensuels plus élevés pour tous, même ceux dans les régions urbaines. Enfin, environ la moitié de la somme viendra des impôts des particuliers ; les provinces et le fédéral ont déjà promis des investissements pour élargir les réseaux d'accès. Une partie du gigantesque déficit du gouvernement libéral servira justement à cela.

Vu de la ville, cela peut paraître comme une autre décision coûteuse pour les consommateurs. Mais il faut le regarder de l'autre bout de la lorgnette. Près d'un Canadien sur cinq n'a pas accès à Internet à haute vitesse. Un sur quatre au Saguenay-Lac-Saint-Jean, qui n'est quand même pas une région reculée. Pour les francophones en milieu minoritaire, cette décision du CRTC aidera à la sauvergarde de la langue et de la culture française. Cela appuiera aussi le développement économique en milieu rural, comme en Haute-Gatineau, dans le Pontiac ou la Petite-Nation. Il était de plus en plus intolérable de laisser ces régions perdre du terrain dans le monde des télécommunications modernes alors qu'elles sont présentement handicapées par des accès peu fiables et lents.

Cela ne signifiera pas que les poteaux de téléphone surgiront de terre jusqu'aux plus reculées des routes de campagne : de plus en plus, les connexions se feront via satellite. Il faudra compter sur les avancées technologiques pour rejoindre l'essentiel des Canadiens qui vivent en région rurale et qui voudront un accès Internet à haute vitesse.

Mais la décision du CRTC vise à s'assurer que nul Canadien ne demeurera à la traîne. Au XXIe siècle, voilà déjà une belle avancée.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer