Le virage de Stéphanie Vallée

La ministre de la Justice du Québec Stéphanie... (Martin Roy, Le Droit)

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La ministre de la Justice du Québec Stéphanie Vallée

Martin Roy, Le Droit

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ÉDITORIAL / Bizarre, ce changement de cap de la ministre de la Justice du Québec Stéphanie Vallée...

Il y a deux mois, avec la langue de bois qui la caractérise parfois, elle croyait que la crise du système de justice se réglerait par une «optimisation des ressources humaines» et un changement de culture du milieu juridique.

Cette semaine, de toute évidence, cela ne suffit plus. 

La députée de Gatineau a annoncé un vaste programme visant l'embauche de centaines de personnes, allant des juges jusqu'à du personnel de bureau, pour résorber la crise dont elle a héritée, certes, mais qu'elle n'avait assurément pas su gérer de façon adéquate. 

Il a fallu un électrochoc pour la faire changer d'idée, elle et son gouvernement. 

Il a fallu que des juges sortent du mutisme habituel associé à leur fonction pour pousser le gouvernement Couillard à débloquer 175,2 millions $ sur quatre ans. 

Il y a huit semaines, elle refusait de se commettre à tout ajout de ressources dans le système. 

«On optimise pour être en mesure de déterminer, le cas échéant, quels seront les besoins», avait-elle confié à la Presse Canadienne, le 2 octobre. Chaque sortie publique qu'elle faisait, elle se limitait à dire que son ministère étudiait, réfléchissait, soupesait... 

Pendant des mois, elle a fait la sourde oreille aux appels à l'aide du réseau de la justice. Pendant des mois, elle a préféré s'en remettre à la solution facile, gratuite mais lente du changement de culture. 

Certes, un changement de culture est impératif. La Couronne et la défense se complaisent trop facilement à remettre à plus tard ce qui peut être fait rapidement. À Gatineau, à Montréal, dans les Laurentides, les délais se calculent en années, pas en mois. L'arrêt Jordan, rendu en juillet dernier, a augmenté l'urgence d'agir. La Cour suprême y fixe à 30 mois le délai maximal pour les crimes les plus graves, 18 mois pour les autres. Ces barèmes ont déjà fait avorter des dizaines de procès et les accusés ont été remis en liberté. Des centaines d'autres cas similaires pointent à l'horizon. 

Mme Vallée était parfaitement au courant des impacts majeurs de l'arrêt Jordan dans le système de justice dont elle doit être la défenderesse. La population doit avoir confiance dans le système de justice car il s'agit d'un des piliers de notre société basée sur des droits, avec l'indépendance et l'impartialité des juges, le droit à un procès juste et équitable, etc. Les Québécois doivent avoir le sentiment que des criminels, petits et grands, doivent faire face à la justice.

Depuis, Stéphanie Vallée a effectué un virage complet sur les solutions à apporter. Est-ce elle ou son gouvernement?

Le ministre des Finances, Carlos Leitao, sait depuis des mois que le Québec vit en situation de surplus budgétaire. Si son gouvernement avait autorisé son plan d'action juridique au début octobre plutôt que cette semaine, tout roulerait déjà un peu mieux et l'arrêt Jordan n'aurait pas remis en liberté des criminels. Là, il faudra attendre jusqu'en avril avant que de nouveaux juges soient au boulot. À Gatineau, l'aménagement d'une nouvelle salle d'audience au Palais de justice demeure un mystère. 

Santé, éducation, mesures sociales, les Québécois ont beaucoup donné depuis deux ans au nom de l'austérité budgétaire que le gouvernement Couillard a mis en place. La justice en a été une autre victime.

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