Triste importation des États-Unis

Certains Albertains ont cru bon de crier, pendant... (Archives, La Presse canadienne)

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Certains Albertains ont cru bon de crier, pendant un rassemblement public, qu'il faudrait emprisonner la première ministre néodémocrate, Rachel Notley.

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ÉDITORIAL / Voilà un phénomène qui n'aura pas pris longtemps à franchir la frontière ! Lors d'une rencontre partisane devant l'Assemblée législative à Edmonton, samedi, des Albertains ont entonné un appel de ralliement : « Lock her up! Lock her up! »

Ces cris primaux adressés à l'endroit de la première ministre Rachel Notley (« Emprisonnez-là ! ») sont exactement les mêmes que scandaient les foules devant Donald Trump à l'endroit de sa rivale Hillary Clinton, le mois dernier. C'est une triste importation américaine qu'il faut rapidement décourager.

Au Canada, on n'emprisonne pas une première dame parce que le taux de chômage de la province atteint 9 %. On ne l'emprisonne pas parce qu'elle a appuyé une politique environnementale courageuse mais contraire aux intérêts à court terme de l'Alberta. 

On emprisonne parce que des accusations criminelles sérieuses ont été prouvées devant un tribunal indépendant. Et ça arrive. Pas plus tard que la semaine dernière, avec l'ex-maire de Laval, Gilles Vaillancourt, qui attend son verdict après avoir plaidé coupable à une kyrielle d'accusations. 

Mais encourager la détention à des fins bassement partisanes ? Voilà un comportement qu'il faut proscrire, et fortement.

Tristement, l'ex-ministre Chris Alexander en a été incapable. Cet ancien ministre conservateur s'est retrouvé devant cette foule en colère, samedi, et le doigt dans les airs, il a suivi la cadence des chants déplorables d'une foule survoltée par la crise économique qui ébranle l'Alberta en raison de l'effondrement du prix du pétrole. Une situation sur laquelle Mme Notley n'a qu'une bien mince influence...  

M. Alexander aurait dû faire l'effort évident d'en appeler au calme, de calmer les émotions. Il n'en a rien fait. 

Par la suite, il a tenté de calmer la grogne, disant « se dissocier totalement » de la réaction de l'auditoire. Mais du même coup, il a voulu l'expliquer : « la fureur populaire est bien réelle ». Comme s'il fallait laisser s'exprimer les sentiments du peuple pour la seule raison qu'ils sont sincères... Comme s'il ne pouvait tenter de modérer leurs émotions pour ne pas leur déplaire !

Cette mièvrerie n'est pas contagieuse chez d'autres conservateurs qui, comme lui, espèrent remporter la course à la direction du Parti conservateur. Même l'Albertain Deepak Obhrai a bien vu qu'il s'agissait là « de politique à la Trump qui envahit le Canada ».

Décidément, pour cet homme que l'on vantait comme l'un des champions de la nouvelle génération de conservateurs, le milieu politique est bien difficile. Il trébuche constamment. 

Chris Alexander voudra assurément tourner cette triste page de la politique canadienne alors qu'il participera à un débat des 14 (!) candidats au leadership, à Moncton aujourd'hui... en français. L'ancien ambassadeur du Canada en Afghanistan souffre d'un jugement parfois fautif mais il a au moins l'avantage d'être à peu près parfaitement bilingue, à l'opposé de plusieurs qui seront à ses côtés sur le podium. 

Le Parti conservateur jongle avec le critère du bilinguisme pour son prochain chef : certains soutiennent que c'est essentiel, comme Stephen Harper. Pour d'autres, l'appui paraît davantage une question de principe : idéalement, ce serait souhaitable mais plusieurs des candidats sont incapables de comprendre et de répondre à de simples questions en français. (Au débat, ils pourront répondre en anglais mais cela démontrera rapidement leurs faiblesses.) Cela n'a pas découragé les plus ambitieux de se présenter, dont l'ex-député de Glengarry-Prescott-Russell, Pierre Lemieux.

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