La réforme dont Trudeau ne veut pas

La promesse de Justin Trudeau était sans équivoque... (Archives, La Presse canadienne)

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La promesse de Justin Trudeau était sans équivoque lors de la dernière campagne électorale. «Nous nous engageons à faire en sorte que l'élection de 2015 soit la dernière à utiliser notre système majoritaire uninominal à un tour», disait-il.

Archives, La Presse canadienne

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ÉDITORIAL / Les libéraux n'ont qu'eux-mêmes à blâmer pour leurs difficultés à gérer la réforme du scrutin. C'est Justin Trudeau qui, l'an dernier, proclamait que « nous nous engageons à faire en sorte que l'élection de 2015 soit la dernière à utiliser notre système majoritaire uninominal à un tour ». Il a martelé cette promesse et il doit vivre avec les conséquences, aujourd'hui, de Canadiens qui s'attendent à ce qu'il livre la marchandise.

Il ne faut pas oublier la principale raison pour laquelle il s'est engagé à une réforme du scrutin : parce que cela permettait au Parti libéral de subtiliser des votes aux verts et aux néo-démocrates.

Il ne se doutait pas encore que son parti allait infliger une raclée aux conservateurs de Stephen Harper et M. Trudeau était prêt à faire toutes sortes de promesses pour assurer sa victoire.

Maintenant, le temps est venu de concrétiser tout cela et à ce chapitre, la tâche est à peu près impossible.

Le gouvernement libéral ne s'est pas aidé en se traînant les pieds dans ce dossier dès l'élection. Il n'en avait que pour la conférence de Paris sur les changements climatiques et accueillir 25 000 migrants syriens. S'il avait vraiment voulu réformer le mode de scrutin, il aurait dû se mettre à la tâche immédiatement. Il a pourtant fallu plus de six mois pour mandater un comité multipartite.

Sans surprise, M. Trudeau laisse entendre depuis quelques semaines que la réforme électorale n'est plus un parcours obligé... parce qu'il conclut que les Canadiens n'en veulent pas.

Il a raison... en partie. Personne ne descendra dans les rues pour réclamer la fin du système majoritaire uninominal à un tour. Il n'y a pas un grand appétit pour ce genre de réforme au pays. Mais parallèlement, plusieurs Canadiens intéressés par la question - incluant bon nombre de politiciens de tous les ordres de gouvernement - estiment que le pays est mûr pour mettre en place un nouveau mode de scrutin qui corrigera certaines iniquités qui, par exemple, permettent l'élection d'un gouvernement majoritaire avec moins de 40 % de l'appui populaire. Trop d'électeurs considèrent que leur vote ne compte pas à sa juste valeur.

Justin Trudeau partageait cette vision... jusqu'à ce que son parti soit élu. Maintenant qu'il a gagné la course, le « vieux » système ne serait plus si mauvais que cela ?

Le comité multipartite a déposé un rapport exhaustif sur la question cette semaine. Sans surprise, les cinq membres libéraux du comité ont rédigé une conclusion complémentaire qui reprend l'argument du gouvernement à l'effet que « les recommandations (...) sont précipitées et trop radicales pour être imposées à ce moment-ci ».

De fait, la réforme électorale est un sujet aride qui ne passionne que les politologues. Dans le passé, Le Droit s'y est opposé par crainte que cela ne mène à l'émergence de petits partis aux programmes extrémistes et à des parlements minoritaires. Le système uninominal, malgré ses défauts, a l'avantage d'une simplicité comprise par tous, contrairement aux autres méthodes de scrutin. 

Justin Trudeau et les libéraux ont promis d'agir ; ils utilisent de manoeuvres dilatoires pour noyer leur engagement. La ministre des Institutions démocratiques Maryam Monsef a traité du rapport « Renforcer la démocratie au Canada » avec désinvolture. Le gouvernement n'a pas obligation de résultat avec cette réforme, mais au moins obligation de processus. Et même à ce niveau ils ont failli misérablement.

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