Des pistes pour Val-d'Or

Des 37 dossiers soumis par le Service de police... (Photothèque Le Soleil)

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Des 37 dossiers soumis par le Service de police de la Ville de Montréal dans la première phase de l'enquête, les 32 relatifs à des plaintes déposées dans la région de Val-d'Or n'avaient pas «la preuve suffisante» pour aller devant la justice.

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ÉDITORIAL / L'impunité dont ont profité certains agents de la Sûreté du Québec à Val-d'Or est répugnante. Représentants de l'ordre et de la justice, ils ont profité de femmes autochtones fragilisées pour profiter de faveurs sexuelles dont ils se doutaient bien ne pourraient leur être reprochées devant les tribunaux. Cela ne leur fait pas honneur, ni ne rend aux victimes leur honneur.

Le Service de police de la Ville de Montréal a fait une enquête sur les allégations à l'endroit de la SQ et a livré ses conclusions au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) qui a annoncé, vendredi, qu'il n'y avait pas là suffisamment de preuve pour porter pas même une seule cause devant le système de justice. 

Tout le monde a mis ses gants blancs. Le gouvernement avait même assigné une observatrice indépendante du processus d'enquête, Fannie Lafontaine. Elle a qualifié que l'enquête du SPVM avait été menée « selon les plus hauts standards, sans complaisance » pour les agresseurs allégués ni pour les victimes.

Le DPCP a quant à lui pris soin de présenter - exceptionnellement - ses conclusions en public. S'il n'y aura pas de procès, le bureau est même allé jusqu'à dire que cela « ne signifie pas que les événements allégués ne se sont pas produits [mais] que la preuve dont nous disposons ne nous permet pas de porter des accusations criminelles compte tenu des critères et des règles de droit ». Bref, que devant un juge, un avocat bien préparé réussirait à tailler en pièces les arguments les plus solides des victimes. On évoquerait des blancs de mémoire, l'incapacité à identifier l'agresseur et les gestes posés, peut-être même aussi la date et l'endroit où l'acte a été posé. On peut aussi prévoir que le passé des victimes, de potentiels problèmes de consommation, ou des antécédents judiciaires, viendrait ternir la preuve.

Mis en d'autres mots, la justice autochtone ne tiendrait pas le coup devant la justice des Blancs qui exige une preuve « hors de tout doute raisonnable ».

Aujourd'hui, rien n'est réglé. La peine des victimes sanglotantes n'en est pas moins douloureuse aujourd'hui. 

Même si le travail du SPVM a été louangé, il demeure suspicieux aux yeux des victimes que la police fasse enquête sur la police. Ce milieu est restreint et tous finissent par se connaître. Dorénavant, le Bureau des enquêtes indépendantes, un peu calqué sur le Bureau des enquêtes spéciales, en Ontario, devrait offrir un peu plus de crédibilité au processus.

Les victimes demandent une commission d'enquête similaire à celle qui a dépoussiéré les pratiques collusionnaires dans la construction. Il est vrai que les commissions d'enquête sont des outils utiles pour déterrer les systèmes qui se terrent derrière l'ordinaire du quotidien. Mais il y aura déjà une autre commission d'enquête, fédérale celle-là, qui étudiera le cas des quelque 2000 femmes disparues ou assassinées des communautés autochtones du pays. Elles risqueraient de se piler sur les orteils. Et rien ne dit que celle du fédéral n'approfondira pas la crise de Val-d'Or.

À court terme, il faut ramener de la crédibilité au bureau de la SQ en Abitibi. Le premier ministre Philippe Couillard, qui cherche des façons de se faire apprécier, pourrait aller y faire un tour. Du sang neuf à la SQ serait aussi bienvenu : pourquoi ne pas y recruter de nouveaux agents ? Et enseigner à tous un peu plus de sensibilité culturelle ?

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