Être arabe en 2016... rencontre avec Akram Belkaïd

Auteur de Être arabe aujourd'hui  et Un regard... (Martin Roy, LeDroit)

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Auteur de Être arabe aujourd'hui  et Un regard calme sur l'Algérie , Akram Belkaïd prononce une conférence Monde arabe : un Printemps pour rien ?, entre 17 h 30 et 19 h 30 à l'atrium du Pavillon des sciences sociales de l'Université d'Ottawa, aujourd'hui.

Martin Roy, LeDroit

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RENCONTRE / Algérien de naissance habitant Paris, spécialiste du monde arabe, Akram Belkaïd, collaborateur au journal Le Monde diplomatique, effectue une tournée à Ottawa et Montréal ce mois-ci. Le Droit l'a reçu. Voici un extrait de ses propos, recueillis par Pierre Jury.

« Comme en Amérique, nous avons vu, dans le cas de Donald Trump, ce même élan de le dénigrer, de le diaboliser, d'en faire presqu'un antéchrist s'il devait être élu.

«Maintenant, nous verrons bien comment le nouveau président américain se positionnera sur les questions du Moyen-Orient. Maintiendra-t-il sa position d'hostilité face au régime de Bachar al-Assad en Syrie ? Si les États-Unis continuent de se désengager, cela laisse le chemin ouvert pour Assad et Vladimir Poutine. Le régime de Barack Obama a laissé les monarchies du Golfe comme le Qatar, le Koweit et l'Arabie saoudite, intervenir en appui à divers groupes anti-Assad en Syrie. Cela a fait basculer le pays vers la guerre civile.

«Trump dit qu'il laissera Assad faire ce qu'il veut. Que fera-t-il lorsqu'il sera confronté à ses propres contradictions ? Tout est possible avec lui, même la possibilité d'une intervention nucléaire, d'une action d'éclat car il a tenu un discours assez belliqueux. Cela pourrait déclencher un conflit régional de grande envergure qui amplifiera les problèmes probablement pour les 20 années à venir. Donc Trump fait assez peur dans le monde arabe...

«Cela dit, l'élection de Hillary Clinton n'aurait pas changé grand chose, entre autres sur le plan des relations États-Unis-Israël. Donald Trump non plus, ce qui n'est pas une bonne nouvelle pour la Palestine.

«De notre côté de l'Atlantique, on peut considérer que la grande erreur du Parti démocrate aura été d'ignorer le vote populaire depuis une quinzaine d'années. Nous n'avons pas vu la moindre sympathie de ces leaders face aux gens qui craignaient de perdre leur emploi, par exemple, face aux pressions du libre-échange et de ses bienfaits.

«Quand les adeptes de la mondialisation disent que les problèmes vont s'arranger, il n'y a pas de réel débat sur le commerce international. Nous constatons que les arguments tombent vite dans le dogme. Pas moyen d'en discuter. Pourtant, les bienfaits du libre-échange - s'ils existent... -, méritent d'être prouvés !

«Au Sénégal par exemple, lorsque l'on parle de libre-échange, ce que les gens voient autour d'eux, c'est que les poulets qu'ils consomment arrivent congelés d'Europe... »

«Le problème du chômage est bien réel ; il est à 12 ou 13 % en France, et jusqu'à 18 ou 19 % chez les jeunes non diplômés comme ceux issus de l'immigration et qui habitent dans les cités. Alors derrière nous avons le Front national qui arrive avec son discours de rupture face aux élites. 

«Idem au Royaume-Uni avec le vote sur le Brexit : d'une certaine manière, c'était la conséquence de l'élargissement des politiques d'accueil qui remontaient à 2004, des travailleurs qui venaient de Pologne, de Hongrie. Que cette immigration soit permanente ou temporaire, on n'a pas assez discuté, sereinement je veux dire, de ses impacts. Tout de suite, les débats se sont transformés en guerres de tranchées, en arguments dogmatiques. Les échanges sont tombés sur des trivialités : sur le burkini, sur la viande halal, etc. 

«Pourtant, cela a eu un réel impact sur l'emploi et les salaires. Nous avons constaté ne déstabilisation de l'économie finalement dont la classe politique n'a pas suffisamment discuté. Peut-être est-ce que l'on n'était motivé que par l'attrait de bienfaits pour les consommateurs ? 

«Dans cette lignée, Donald Trump ne m'apparaît pas comme un accident mais le témoin de la radicalisation d'une certaine section de l'électorat.»

Enfin, sur l'immigration, les soucis sont bien réels. Le discours fondamental doit porter sur deux axes : à la fois sur la fermeté et l'ouverture. Il faut le dire qu'il n'y a pas de négociations sur des principes comme l'égalité homme-femme. Ce n'est pas parce que nous sommes musulmans que des droits différents doivent s'appliquer...

«Alors je dis que les musulmans qui sont au Canada doivent penser comme des Canadiens, doivent élever leurs enfants comme des Canadiens. Contrairement à la France où nous avons vu une génération de jeunes Arabes obsédés par ce que l'on appelle «l'idéologie du retour», par l'idée que leurs parents ne sont que de passage. Pourtant, très peu sont rentrés «au pays», au Maroc, en Algérie, en Tunisie. Et leurs enfants, nés en France, parlent peu ou mal la langue de leurs grand-parents, la langue de leur pays d'origine.

«Il faut plutôt leur dire qu'ils ont une vraie place dans le pays où ils sont nés, le pays qu'ils habitent. Il faut mettre fin à cette contradiction que l'on voit dans les communautés immigrantes.»

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