Démocratie contestée

ÉDITORIAL/ L'élection partielle dans Ottawa-Vanier a été le théâtre d'une... (Martin Roy, Archives LeDroit)

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Martin Roy, Archives LeDroit

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ÉDITORIAL/ L'élection partielle dans Ottawa-Vanier a été le théâtre d'une escarmouche, jeudi, lors d'un débat entre candidats. L'éternel trouble-fête John Turmel a exigé le droit de parole pour lui et un autre indépendant, ce que lui ont refusé les organisateurs, une kyrielle d'organisations communautaires.

M. Turmel est un de ces Canadiens qui prend un malin plaisir à vouloir repousser les limites des législations. Il a contesté les lois sur les maisons de jeu, puis celles sur la marijuana. Son plus récent cheval de bataille ? L'endettement des provinces et le rôle de la Banque du Canada. Il s'est porté candidat dans des dizaines d'élections, dont la mairie d'Ottawa, utilisant les plateformes électorales pour bousculer l'ordre établi. 

M. Turmel n'avait pas été invité au débat de jeudi, l'un de plusieurs dans la circonscription. Qu'à cela ne tienne, il s'y est présenté quand même et à la première question de l'animateur de la soirée, Philippe Marcoux, il a exigé le droit de parole comme les autres. Toutes les tentatives de l'inviter à descendre de l'estrade sont demeurées lettre morte. « Il faudra un pistolet ou un badge de policier pour me faire descendre ! », lançait-il devant la foule de quelque 250 personnes. 

Certains organisateurs ont soutenu que le débat était une activité privée, ce qui était faux, évidemment. Des organisations de citoyens qui invitent les électeurs dans la salle des Chevaliers de Colomb de Vanier, ce n'est pas caractéristique d'une soirée privée. Il n'y avait aucun frais d'entrée ni billet. Il s'agissait bel et bien d'une rencontre publique.

Mais au détournement de démocratie que tentait John Turmel comme un terroriste des années 1970, plusieurs citoyens ont répondu par une réplique équivalente : en le huant copieusement. Bref, la démocratie à l'oeuvre. Pas à son plus beau, mais à chacun ses manières. (M. Turmel a quitté la salle quelques minutes plus tard, à la demande de policiers venus rétablir l'ordre.)

Cette usurpation de démocratie est sur plusieurs lèvres aux Etats-Unis où bien des supporters déçus de Hillary Clinton cherchent des moyens de contrer Donald Trump. Certains éléments de son programme de droite sont source d'inquiétude. Mais ce n'est pas en recourant à la violence, comme on l'a vu en Oregon, que les Républicains ralentiront leurs efforts. Ces derniers ont le droit à l'avortement (Roe v. Wade) en mire, l'Obamacare, le port d'armes et les contraintes des règles environnementales. Ce n'est pas dans le sang que l'Amérique du XXIe siècle préservera certains des acquis sociaux mais par des actions nombreuses et pacifiques. Seul cela pourra tempérer les ardeurs de M. Trump qui réalisera qu'il y a un écart entre le discours pour se faire élire et celui d'un président. 

Comme l'ont démontré les électeurs d'Ottawa-Vanier qui s'étaient donné la peine d'assister à un débat de candidats, la démocratie n'est pas toujours élégante, mais doit être respectée. 

Quant à la décision de restreindre les invitations aux représentants de grands partis, elle se justifie parfois. Les télédiffuseurs doivent offrir un cadre propice aux débats et peuvent limiter les invitations. Les organisations de citoyens n'ont pas ces mêmes impératifs : tous les candidats officiels doivent y être bienvenus, même si cela rend parfois le discours public plus difficile. En revanche, la démocratie gagne en laissant le droit de parole à tous, même aux plus marginaux.

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