Un manque d'imagination

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ÉDITORIAL / La première étape de l'examen de la Société canadienne des postes, terminée le mois dernier, souffre d'une pensée en silo qui affaiblit tout particulièrement les communautés rurales du Canada.

Si le fédéral devait suivre les recommandations du Groupe de travail sur Postes Canada, les villes et villages continueront de s'isoler et d'étouffer par l'action combinée de toutes ces organisations, privées et publiques, qui n'appliquent que des règles économiques pour accélérer leur désengagement.

Pendant cinq mois, le Groupe de travail a exploré l'avenir de la Société canadienne des postes. Le gouvernement de Justin Trudeau a appliqué un moratoire sur la transition de la livraison de la poste vers des boîtes postales, comme il s'y était engagé en campagne électorale. Mais ce holà sur cet aspect de la transformation du service postal au Canada ne règle pas le problème, ni les nombreux autres défis auquel est confronté Postes Canada. Plusieurs faits se confirment année après année : la hausse du volume de livraison de colis ne compense pas la baisse du volume de courrier -- que les communications électroniques ont rangé au chapitre de la Préhistoire. Le fardeau salarial de Postes Canada demeure extrêmement lourd, les quelque 50 000 employés accaparant environ 70 % des dépenses. 

Certes, Postes Canada mérite d'être repensée de fond en comble si elle veut demeurer rentable et pertinente pour les Canadiens. À ce titre, le Groupe de travail a fait un important travail de débroussaillage. Il a entre autres perçu que le vaste réseau de 6200 comptoirs postaux et la confidentialité qui caractérise certaines de ses livraisons pourraient être mis à contribution lorsque la légalisation de la marijuana sera concrétisée en 2017, selon les engagements du gouvernement Trudeau. Voilà une piste novatrice à retenir lorsque l'État devra arrêter un réseau de distribution pour cette substance contrôlée.

Les syndicats ont proposé de joindre des services bancaires au vaste réseau des bureaux de poste. En rejetant cette option, le Groupe de travail fait la même erreur que le mouvement Desjardins et les grandes banques qui eux aussi cherchent des raisons de réduire le nombre de points de service dans les régions rurales pour dégager plus de profits. Certes, les comptoirs sont moins utilisés en cette ère d'Internet. Mais la baisse est moins rapide en région compte tenu de l'accès Internet coûteux et lent, et des populations plus âgées. 

Les villages perdent leurs ancres un par un. La banque ou la caisse ferme, au profit d'un guichet automatisé. Même celui-là est retiré faute d'usagers. Le magasin général, le centre communautaire, la bibliothèque et la mairie - là où il y en a - sont les derniers espaces publics d'une population progressivement abandonnée. Le bureau de poste pourrait se métamorphoser en centre multi-services si l'on se donnait la peine d'explorer une telle piste. Il pourrait devenir, ou demeurer, le coeur du village. Y greffer des services bancaires ? Même les Canadiens consultés par le Groupe de travail ne le voient pas. Cela s'explique facilement : il faut aller en France ou en Italie pour apprécier un tel modèle d'affaires. Ils ne peuvent endosser un service qu'ils ne peuvent même imaginer.

Le gouvernement prévoit décider de l'avenir de Postes Canada au printemps. En court-circuitant l'imagination dont le processus devrait profiter, le Groupe de travail ferme déjà une porte dont nos régions ont encore cruellement besoin.

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