Les sondeurs mystifiés

ÉDITORIAL / Un autre vote où les sondages ont sous-estimé les mouvements... (Agence France-Presse)

Agrandir

Agence France-Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

ÉDITORIAL / Un autre vote où les sondages ont sous-estimé les mouvements populaires... Après celui sur le Brexit qui portait sur la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, les projections des sondeurs étaient totalement erronées sur l'opinion publique des États-Unis.

À quelques minutes avant minuit, avant que les résultats de la Côte Ouest ne soient colligés, le balancier hésitait encore entre Hillary Clinton et son adversaire républicain Donald Trump. Mais la course était beaucoup plus serrée qu'anticipée et la victoire rassurante que plusieurs prévoyaient à Mme Clinton s'était volatilisée.

Les marchés financiers, toujours extrêmement sensibles à l'incertitude, ont d'ailleurs réagi très nettement en Asie où les traders se levaient alors que l'Amérique était encore sous le choc d'une perspective - encore bien incertaine - d'une présidence Trump qui, comme chez les Anglais, a opposé le vote des urbains à ceux de la campagne.

La candidate démocrate pouvait encore l'emporter mais si elle tire les marrons du feu, cela aura été de peine et de misère. Les états baromètres de la Floride et de l'Ohio, notamment, auront basculé du côté des républicains. La course s'est alors transportée du côté du Michigan et du Wisconsin, notamment, où Mme Clinton comptait sur une victoire assez facile : la preuve, elle y a à peine fait campagne.

Qu'est-il donc arrivé aux ordinateurs des firmes de sondage pour passer si loin de la plaque ?

Plusieurs ont parlé, au cours des 24 dernières heures, de la prime à l'urne, un phénomène connu au Québec notamment, qui avantage toujours le Parti libéral. Dans le cas de M. Trump, des milliers d'Américains sondés auraient refusé de révéler leur appui à ce candidat dont les déclarations extrémistes sur les latinos, sur les Mexicains et sur les musulmans, notamment, ont scandalisé tant de gens... ou du moins le croyait-on. Dans l'isoloir, ces électeurs ont pu exprimer le fond de leur pensée sans crainte d'être jugés. 

Les firmes d'opinion publique ont sous-estimé aussi l'antipathie suscitée par Mme Clinton : il suffisait de comparer ses scores avec ceux de Barack Obama dans des dizaines de comtés pour voir que ces coins du pays, estimés démocrates, ont tranquillement glissé du côté républicain. Les femmes n'ont pas appuyé la première sérieuse candidate féminine pour la Maison-Blanche : la solidarité des femmes n'a juste pas opéré comme prévu. 

Les appuis des électeurs noirs et hispaniques ne se seraient pas matérialisés non plus. Du moins, pas avec l'ampleur anticipée, ou évaluée par les sondeurs. 

Et puis, il faut lui donner cela, Donald Trump a su verbaliser la grogne des électeurs laissés pour compte par des années depuis la Révolution industrielle du XXIe siècle. Fâchés, sous-payés ou chômeurs, ils cherchaient une bouée de sauvetage, quelqu'un en qui ils pourraient confier leurs espoirs déçus des années de présidence Obama. La reprise économique bien réelle les a oubliés mais eux, ils n'ont pas remisé leur désappointement au vestiaire. Ceux des états du « Rust Belt », notamment, ont parlé haut et fort. 

Une fois que tous les résultats électoraux auront été finalisés, il restera entre autres aux Canadiens de comprendre pourquoi ils ont tant endossé le message d'espoir des libéraux de Justin Trudeau alors qu'à quelques centaines de kilomètres plus au sud, l'intolérance et le rejet ont porté les espoirs de Donald Trump, en dépit des énormités de son discours.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer