Les fractures

Les Américains choisiront entre Donald Trump et Hillary... (AFP)

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Les Américains choisiront entre Donald Trump et Hillary Clinton mardi.

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ÉDITORIAL / Au terme d'une course qui semble interminable avec ses primaires, le jour de décision arrive enfin aux États-Unis. Notre voisin du sud, que nous savons divisé sauf en temps de guerre, est pire que cela : profondément fracturé au point où bien des gens, Américains ou d'ailleurs dans le monde, se demandent comment sera fait le lendemain.

Il s'agit bien plus d'une séparation entre la gauche ou la droite, entre le droit d'un port d'armes illimité ou encadré, entre le droit à l'avortement ou le respect de la vie humaine, entre l'obsession de la sécurité nationale ou l'ouverture traditionnelle de ce pays d'accueil. Les deux principaux candidats, le républicain Donald Trump et la démocrate Hillary Clinton polarisent - volontairement ou non - tant la population américaine que c'est sur tous ces plans à la fois que les États-Unis s'éveilleront en autant de communautés, mercredi, eux qui formaient, et forment toujours, le berceau d'une grande nation.

La plus profonde fracture de toutes appert être la moins visible, la moins perceptible à l'oeil. Il oppose deux groupes sociaux aux frontières malléables, flexibles. D'un côté, il y a le Middle America, travailleurs du Rust Belt au départ, qui ont écopé des métamorphoses superposées de la Révolution industrielle du XXIe siècle, celui de l'information et du savoir. Gens sans trop d'éducation, ou formés dans des secteurs industriels aujourd'hui disparus, ils vivent l'amertume d'avoir été largués par leurs champions traditionnels, par la classe politique qui jusqu'à Lyndon B. Johnson, jurait de vouloir protéger les plus pauvres. Depuis le 11 septembre 2001, depuis la crise financière de 2008 qui leur a volé leurs maisons et leurs rêves, c'est chacun pour soi. L'expansion du régime de santé Obamacare, qui élargit le filet social, est plutôt perçue comme un puits financier sans fond. 

Des millions d'Américains ont comme perdu la foi dans leur pays. Les appels à l'espoir que prononçait Barack Obama, il y a huit ans, son « Yes We Can » inspirant, sont devenus des phrases vides pour ces laissés-pour-compte de l'histoire moderne.

Donald Trump, multimillionnaire né avec une cuiller d'argent, a miraculeusement réussi à se présenter comme la voix de cette classe négligée.

Son ton iconoclaste, ses attaques énormes sur tant de groupes d'électeurs - les femmes, les Mexicains, les musulmans, notamment - qui auraient dû l'interdire de la Maison-Blanche ont plutôt eu l'effet de séduire ces gens qui se perçoivent comme des victimes impuissantes.

Ces « déplorables », comme les a qualifiés Hillary Clinton, sont ligués contre ces élites, médias et politiciens de carrière. Ils ont comploté, croient-ils, pour créer un système de libre-échange, pour reconnaître des droits aux minorités, pour ériger un mur contre lequel ils se butent. Les mensonges et pirouettes que subissent les faits ne peuvent être détricotés : tout relève du complot de ces élites justement. Les médias sociaux colportent les faussetés sans ambages. Le slogan de M. Trump, « Make America Great Again », les conforte en évoquant un passé plus doux.

En Mme Clinton, Donald Trump a trouvé sa cible idéale, incarnant cette classe politique où tout est scripté, conçu et arrangé pour plaire au plus large public possible. Il répond par une stratégie - inconcevable au début - qui attaque ici et là, posant comme un quelconque justicier des temps modernes.

Le dialogue de sourds des candidats a assez duré. Aujourd'hui, l'Amérique révélera ses fractures. Au peuple de parler.

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