Grands maux, grands remèdes

L'«affaire Lagacé» a pris de l'ampleur. Il est normal que les mesures... (123RF)

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L'«affaire Lagacé» a pris de l'ampleur. Il est normal que les mesures correctrices en prennent aussi.

Plus tôt cette semaine, les Québécois ont appris que le journaliste Patrick Lagacé avait fait l'objet d'une filature électronique où tous ses appels, textos et données de géolocalisation ont été épiées pendant plusieurs mois. Seule la police de Montréal, qui avait obtenu l'approbation d'une juge de paix, était concernée.

La population croyait que cette histoire inquiétante était, somme toute, assez circonscrite.

Puis, comme un fil qui se détricote d'un chandail de laine, trois autres journalistes ont été ciblés : Fabrice de Pierrebourg, autrefois de La Presse, Monic Néron, du 98,5 FM, et Félix Séguin, du Journal de Montréal

Mercredi, l'histoire a pris une ampleur insoupçonnée : la Sûreté du Québec est aussi impliquée. Six autres journalistes - Isabelle Richer, Denis Lessard, André Cédilot et Éric Thibault - ont parfois fait l'objet de filatures bien plus larges, et sur une bien plus longue période. Dans les cas d'Alain Gravel et Marie-Maude Denis, qui pilotaient l'émission Enquête, sur les ondes de Radio-Canada, l'espionnage téléphonique a duré cinq ans. À peu près les mêmes années au cours desquelles elle et lui déshabillaient l'industrie de la construction au Québec et fournissaient au gouvernement les raisons de créer ce qui a été la commission d'enquête Charbonneau.

Qu'est-ce que ce sera demain ? La Gendarmerie royale du Canada ? Notre corps d'espionnage, le Service canadien du renseignement de sécurité ? Le Centre de la sécurité des télécommunications ? En voilà d'autres qui n'ont peu à faire des contraintes sur les métadonnées de nos appels !

Le remède qui ne devait guérir qu'une plaie au sein du Service de police de la Ville de Montréal ne suffisait plus. Et le gouvernement de Philippe Couillard, peu enclin à réagir promptement lorsqu'un scandale survient, s'est cette fois illustré par sa diligence. Hier, il a élargi le mandat d'un comité d'experts qu'il avait annoncé pour en faire une Commission d'enquête sur l'espionnage des journalistes par la police. 

Son mandat, encore à être défini précisément, prévoit d'être large, ses auditions, publiques, et les pouvoirs de ses commissaires, à la hauteur de la tâche. La classe politique ne sera pas épargnée non plus, justement parce qu'il y a des liens qui paraissent incestueux entre la SQ et le gouvernement. Québec espère un rapport au printemps 2017 : cet échéancier ambitieux ne doit pas non plus s'étirer sur deux ou trois ans pour qu'explosent les coûts et se noie le poisson. 

Il faut croire que les libéraux ont appris de leurs erreurs, car en créant la commission Charbonneau, il ne lui avait d'abord pas mis beaucoup de dents. Elle ne pouvait pas contraindre les témoins à comparaître, par exemple. Cet élément crucial ne fait pas défaut cette fois. Il sera d'autant plus utile que les gens des forces de l'ordre ont l'habitude de cacher leur travail derrière un paravent de secret. Si cette discrétion leur est essentielle, elle peut aussi camoufler des gestes répréhensibles, comme l'espionnage de journalistes que les Québécois découvrent cette semaine.

L'objectif, rappelons-le, n'est pas de déifier les journalistes et les placer au-dessus des lois, au contraire. Mais de faire respecter le travail journalistique protégé par notre tradition démocratique, affirmé par la Cour suprême, et de réitérer l'indépendance des pouvoirs exécutif et législatif qui sont au coeur de nos sociétés occidentales.

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