Corriveau et le devoir de mémoire

Jacques Corriveau... (Archives, La Presse)

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Jacques Corriveau

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ÉDITORIAL / Le scandale des commandites a captivé l'opinion publique canadienne pendant des années. Il a rendu le Parti libéral fédéral inéligible pendant une décennie. Paul Martin, Stéphane Dion et Michael Ignatieff, supposément promis aux plus grandes responsabilités, ont croulé trois fois sous les attaques des conservateurs et de Stephen Harper. Pendant un bon bout de temps, donc, il semblait que cette affaire n'en finirait plus de coller aux semelles des libéraux.

Cette semaine, le point final du scandale s'est joué devant un tribunal de Montréal lorsqu'un jury a reconnu Jacques Corriveau coupable des trois chefs d'accusation qui portaient contre lui.

Cela survient 11 ans après les accusations, une décennie après le dépôt du second et dernier rapport du juge John Gomery qui dressait un bilan complet de l'affaire. Les Canadiens ont presque oublié l'ampleur de ce scandale qui rivait leur attention... avant la commission Charbonneau et la fraude dans l'industrie de la construction. Un scandale est venu balayer le précédent sous le tapis et c'est presque dans l'indifférence générale que M. Corriveau, aujourd'hui un vieil homme de 83 ans, a entendu son verdict. Chaque chapitre de cette nouvelle se disputait la une de tous les journaux ; maintenant, l'affaire est reléguée loin dans les pages intérieures, et il n'y a que les plus de 40 ans qui peuvent apprécier la mesure de ces magouilles d'une ampleur alors insoupçonnée.

Il serait injuste que Jacques Corriveau, parce que le temps l'a ralenti et que tout cela est une vieille histoire, passe dans l'oubli. Cela ne doit pas être. Nous avons tous un devoir de mémoire sur ce sujet qui tire sa source du référendum de 1995.

Jean Chrétien et les libéraux sont alors au pouvoir et sont pointés du doigt pour leur stratégie bancale qui a mené le Canada au bord du précipice. Le « non » l'a emporté par 54 000 votes le 30 octobre 1995, 50,6 % contre 49,4 %. M. Chrétien promet que cela ne restera pas là. Il recrute deux nouveaux visages au Québec, dont Stéphane Dion, et cogite à diverses manières de convaincre les Québécois que leur appartenance au régime fédéral en vaut la peine. La principale clef sera la Loi sur la clarté référendaire, et accessoirement s'amorce une vaste campagne de marketing pour vanter le Canada aux Québécois. On finance à hauteur de 250 millions $ un programme de commandites mais la manne s'avère trop appétissante. Des dirigeants de firmes de publicité flairent l'argent facile et surfacturent à qui mieux mieux affiches promotionnelles, commandites d'événements et rapports administratifs pour afficher la feuille d'érable aux quatre coins du Québec. Elles se paient généreusement et dans le cas de M. Corriveau, un proche de Jean Chrétien, une partie des millions détournés ont abouti au Parti libéral du Canada.

Des fonctionnaires ont ignoré les règles de saine gouvernance dans le programme des commandites, a accusé la Vérificatrice générale du Canada de l'époque, Sheila Fraser. Elle affirmera que jusqu'à 100 millions $ auront été détournés dans ce scandale.

Jacques Corriveau s'est comporté avec mépris à la commission Gomery, répétant que sa mémoire lui faisait défaut. Il a choisi de ne pas témoigner à son procès, poursuivant sa stratégie de complaisance. Il a reçu le châtiment qu'il mérite. Mais les Canadiens ne doivent pas l'oublier, ni les gestes répréhensibles qu'il a commis, peu importe la noblesse de son motif, la sauvegarde de l'unité canadienne.

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