La profession de foi aveugle

Le ministre des Finances, Bill Morneau... (Nathan Denette, Archives La Presse canadienne)

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Le ministre des Finances, Bill Morneau

Nathan Denette, Archives La Presse canadienne

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ÉDITORIAL / Quelques jours après l'anniversaire de son élection, le gouvernement libéral a livré une mise à jour financière difficile, hier. Elle n'augure aucune embellie économique et entrevoit des déficits importants jusqu'au bout de l'horizon. Quant à la manière que le programme d'infrastructures permettra au Canada de sortir de sa torpeur, c'est l'incertitude totale. Ou plutôt, la profession de foi aveugle.

Justin Trudeau espère que les « voies ensoleillées » qu'il a promises en octobre 2015 seront stimulées par ses mesures de reprise économique dont nous ne savons encore que trop peu.

Son programme d'infrastructure - qui passera sous la coupe de la Banque d'infrastructures du Canada, dans l'espoir que le privé et d'autres partenaires embarqueront - est jusqu'ici bien mince. À Ottawa, il investira 62 millions dans un tunnel d'égouts sous le centre-ville. Il y aura beaucoup de travaux sur les réserves indiennes (logements, aqueducs, écoles et centres communautaires). La mise à jour présentée par le ministre des Finances Bill Morneau fait l'état de quelque 300 autres projets déjà approuvés ou en cours dans 400 communautés aux quatre coins du pays.

Mais des dizaines de milliards que le programme d'infrastructures doit financer en partie sur plus d'une décennie, à peu près rien n'est déjà entamé parmi les projets de transport en commun à Ottawa, Calgary, Montréal, Vancouver et Toronto. 

Tout est écrit au conditionnel. Nous ne doutons pas de la bonne foi d'Ottawa... mais avant que l'on y voie un travailleur avec une pelle, il risque de se passer quelques années. 

Comment peut-on alors faire l'équation de ce gouvernement qui a été élu sur des promesses de créer des emplois par des infrastructures... si ces projets mettent trois, quatre ou cinq ans avant d'être amorcés ?

Certes, personne ne peut prétendre que ce gouvernement s'est tourné les pouces depuis son élection, ou depuis son premier budget, en mars dernier. Fidèles à son crédo libéral, ce gouvernement a créé un nouveau climat d'espoir pour des millions de Canadiens. Les autochtones jubilent ; ils ont tant souffert pendant des décennies, nous ne pouvons que partager leur enthousiasme. Les aînés auront un Régime de pensions amélioré, des prestations de retraite dès 65 ans et un Supplément de revenu garanti bonifié.

Mais l'économie doit redémarrer, et rapidement, si les Canadiens veulent s'offrir un tel panier de services améliorés. 

Bien des indicateurs économiques n'ont rien d'encourageant. Le dollar canadien s'est déprécié mais les exportations n'ont pas décollé. Le prix du pétrole a augmenté un peu mais il faudra qu'il double pour que l'Alberta recommence à célébrer. Tous les économistes concluent à des perspectives « faibles et variables ». La croissance aux États-Unis déçoit devant l'incertitude de l'élection présidentielle. Idem pour le Royaume-Uni après son vote sur le « Brexit », sa sortie de l'Union européenne. 

Les déficits de l'ordre de 25 milliards $ se poursuivront jusqu'aux prochaines élections et même le ratio de la dette fédérale augmentera jusque là. 

Entre temps, les conservateurs auront le beau jeu. Ils ont mis plusieurs années pour effacer le déficit conséquent à la crise financière de 2008 mais ils y sont arrivés. Sous Stephen Harper, ils ont créé l'obsession des finances équilibrées. Justin Trudeau ne croit pas à ce dogme : il en a convaincu les Canadiens en 2015... mais réussira-t-il à répéter l'exploit en 2019 si la création d'emplois ne suit pas l'explosion des déficits fédéraux ?

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