La police et les médias

Le SPVM doit immédiatement cesser son espionnage du... (Ryan Remiorz, La Presse canadienne)

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Le SPVM doit immédiatement cesser son espionnage du journaliste Patrick Lagacé et lui remettre tous les documents le concernant, estime notre éditorialiste.

Ryan Remiorz, La Presse canadienne

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ÉDITORIAL / Le fait qu'une juge de paix ait approuvé 24 mandats de surveillance à l'endroit du journaliste Patrick Lagacé est proprement incompréhensible et inacceptable. Puisqu'il ne fait l'objet d'aucun soupçon de quelque crime que ce soit, le Service de police de Montréal doit immédiatement y mettre fin et remettre au chroniqueur de La Presse tous les documents le concernant. Le chef de police Philippe Pichet doit aussi discipliner les gens de son service qui ont encouragé la filature du journaliste. Enfin, lui et les principaux joueurs de son service d'enquête doivent suivre une formation urgente et accélérée sur les subtilités des décisions des tribunaux sur la distance nécessaire entre médias et forces de l'ordre.

Le chef de police Pichet n'a pas brillé par sa subtilité et sa connaissance de cette affaire et de dossiers similaires.

Il ne suffit pas de lancer, à l'instar de quelques politiciens aux phrases creuses, qu'il n'était « pas insensible » à ce qui secoue son service.

Il ne suffit pas de rappeler que cette enquête « a été traitée avec des moyens exceptionnels » : tout empiètement des forces de l'ordre dans les milieux journalistiques relève obligatoirement de ces « moyens exceptionnels ». 

Et s'il a précisé qu'il s'était « assuré que nous respections toutes les règles », disons que cette assurance demeure bien faible. Il a été incapable de dire si d'autres cas avaient eu lieu, ou avaient encore lieu. Il aurait pu faire plus pour que la police fasse la lumière sur les agissements d'un de ses agents, Faycal Djelidi, qui fait aujourd'hui l'objet de plusieurs accusations, notamment de fabrication de preuves. 

Le SPVM se demandait pourquoi l'agent Djelidi parlait au journaliste Patrick Lagacé, et comment il se faisait que dans les journées qui suivaient leurs contacts téléphoniques, La Presse publiait des articles concernant M. Djelidi. Des articles qui n'étaient pas rédigés par M. Lagacé, un ancien journaliste au quotidien LeDroit

La police se servait de lui et des traces que laisse son téléphone (appels et textos entrants et reçus, heure et durée des appels, géolocalisation) pour obtenir des informations qu'elle ne pouvait avoir autrement. Du moins est-ce ce que le SPVM a soutenu devant une juge de paix dans une série de décisions professionnelles qui jettent un doute sur ses connaissances de la jurisprudence sur la protection des sources journalistiques édictées jusqu'à la Cour suprême. 

Cette jurisprudence circonscrit les limites de l'action des journalistes - ils n'ont pas le droit de faire ce qu'ils veulent et ne peuvent cacher des crimes derrière le secret journalistique. De la même manière, la jurisprudence limite les circonstances au cours desquelles les forces de l'ordre peuvent exiger que des journalistes leur remettent des informations. Cela doit être un dernier recours. Sans cette protection, des citoyens qui possèdent des informations importantes risquent fort de les garder pour eux. Si cela touche la santé, les finances ou tout autre sujet qui risque d'affecter notre gestion de la société, notre démocratie perd un peu chaque fois. Cet arbitrage délicat entre droit du public à l'information et la sécurité publique que doivent défendre les forces de l'ordre, ce n'est ni aux médias de le faire, ni à la police. Si la justice se range toujours du même côté - ici, contre les médias et Patrick Lagacé -, l'équilibre se rompt. Et notre démocratie s'affaiblit.

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