Le diable dans les détails

Faciliter l'accès aux 500 millions de consommateurs de... (Agence France-Presse)

Agrandir

Faciliter l'accès aux 500 millions de consommateurs de l'Europe est beau en principe mais certaines craintes sont tout à fait légitimes.

Agence France-Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

ÉDITORIAL / Les négociations sur une entente commerciale entre le Canada et l'Union européenne ont peut-être débloqué, hier, avec l'approbation de principe par le parlement de la Wallonie. En effet, certains pays d'Europe, dont la Belgique, ont accordé un droit de regard de leurs régions ou communautés. Cela s'est soldé, au cours des derniers jours, par un chassé-croisé diplomatique et des pressions pas toujours subtiles pour que le parlement de la partie francophone de la Belgique accepte enfin le projet d'entente.

Malgré tout, la prudence demeure de mise dans ce dossier complexe qui peut bouleverser notre économie et nos emplois, comme les Canadiens l'ont vu depuis 25 ans avec l'Accord sur le libre-échange avec les États-Unis, puis élargi pour inclure le Mexique.

Une majorité de Canadiens endossent le principe d'échanges commerciaux plus étroits avec des pays avec lesquels nous partageons des intérêts communs. C'est pourquoi le Canada a multiplié les négociations au cours de la dernière décennie pour bâtir le Partenariat Trans-Pacifique, avec 12 pays du pourtour du Pacifique, et l'Accord économique et commercial global (AECG, ou CETA, en anglais) avec l'Europe. 

Faciliter l'accès aux 500 millions de consommateurs de l'Europe est beau en principe mais certaines craintes sont tout à fait légitimes. Les Wallons l'ont exprimé avec force au cours des derniers jours. Et parce que l'essentiel de ces discussions parfois très techniques s'est déroulé entre spécialistes, les citoyens ne sont pas nécessairement au courant de clauses qui pourraient avoir des impacts sur nos vies.

Les Canadiens ont décidé il y a longtemps de protéger leurs producteurs de volaille, d'oeuf et de lait avec le mécanisme de la gestion de l'offre. De façon similaire mais différente, les Européens sont chatouilleux sur l'usage des OGM en alimentation, les organismes génétiquement modifiés. Nous avons des protections des droits du travail et des normes environnementales propres à chacun. D'un côté comme de l'autre, nous sommes prudents de nous engager dans des accords internationaux qui pourraient perturber nos habitudes. 

En même temps que nous sommes ouverts à la possibilité de vendre nos meilleurs produits sur les marchés étrangers, il faut aussi accepter la contrepartie que des étrangers pourraient envahir nos marchés avec des produits meilleurs... et peut-être même moins chers.

La souveraineté des états constitue une base de nos démocraties. Mais en réservant une place importante aux droits des entreprises, l'Accord avec l'Europe peut à certains égards constituer une menace à cette souveraineté. Des citoyens craignent légitimement que des multinationales puissent restreindre les fragiles pouvoirs citoyens par des recours juridiques où elles invoqueraient que leurs droits seraient bafoués. Sans parler du mécanisme d'arbitrage des conflits : les Canadiens ont vu combien cela a été conflictuel dans le litige sur le bois d'oeuvre avec les États-Unis.

Comme dans bien des choses, le diable se cache dans les détails. Sur le fond, Canadiens et Européens partagent beaucoup. Mais abattre un mur de milliers de barrières tarifaires aura nécessairement des impacts délétères, mais nous ne pouvons identifier les cibles précises. De là la prudence qui est de mise ; en ce sens, ce n'est pas avec des couteaux sur la gorge que les citoyens et leurs élus seront convaincus mais par un dialogue calme, posé et ouvert. Il a fallu sept ans pour se rendre ici : s'il faut quelques mois de plus, hé bien soit !

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer