À quel prix?

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Le ministre des Finances du Québec, Carlos Leitão

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ÉDITORIAL / Le ministre des Finances jubilait, hier. L'homme de chiffres était de toute évidence très heureux de confirmer que le Québec était en situation de net surplus budgétaire, de l'ordre de 3,7 milliards $. Puisqu'il met 1,5 milliard $ à rembourser la dette, cela place le Trésor québécois en surplus de 2,2 milliards $.

Devant tous les Québécois et devant son patron, le premier ministre Philippe Couillard, il peut légitimement soutenir qu'il a livré la marchandise et rétabli les finances publiques. Le Québec n'est plus dans le rouge. Mais à quel prix ?

Il utilise toujours la même image pour résumer son travail. « Nous avons dit que nous remettrions la maison en ordre », répète-t-il ad nauseam. Il l'a fait. 

Les paroles clefs cependant, elles arrivent juste après. 

« Nous avons dégagé une certaine marge de manoeuvre qui nous permet des faire des choses qu'on ne pouvait pas faire avant », a-t-il dit au quotidien Le Devoir.

Et c'est là le grand leurre du gouvernement libéral depuis deux ans.

Car le Québec faisait très bien ces « choses » avant. 

Hôpitaux, écoles, services sociaux en tous genres existaient déjà. L'État québécois fonctionnait déjà. À perte, mais il fonctionnait.

Même qu'ils n'étaient pas financés adéquatement. Les temps d'attente indécents dans les urgences des hôpitaux, nous les constations même avant que les libéraux ne viennent au pouvoir... en 2003. Et la situation criante de l'Outaouais, où c'était pire qu'ailleurs, existait déjà.

En 2003 comme en 2014, lorsque les libéraux ont été élus sous M. Couillard. Ils n'attendent pas vraiment moins longtemps maintenant, mais ont appris les vertus de la patience. Ils subissent leurs chirurgies dans d'autres régions du Québec, ou traversent en Ontario en puisant dans leur porte-monnaie. 

Les parents, eux, attendaient déjà des mois pour des services spécialisés pour leurs enfants dyslexiques, turbulents ou doués. Ils attendent encore plus aujourd'hui, ou se sont impatientés et sont allés au privé pour obtenir de l'aide qu'ils considèrent urgente. 

Le redressement des finances publiques s'est fait en réformant l'État québécois et en sabrant dans les dépenses pour effacer une situation de déficit qui perdurait depuis six ans. 

M. Couillard et ses troupes ont en horreur le mot « austérité », mais c'est bel et bien ce régime qu'ils ont imposé au Québec. Cela va plus loin que le mot « rigueur » que l'économiste Leitao préfère.

Maintenant que l'équilibre a été retrouvé, voilà que le gouvernement libéral se pose en généreux gestionnaire qui annonce des réinvestissements en santé et en éducation, notamment, comme il avait promis.

Mais la main gauche qui a biffé des milliards sait bien que la main droite ne réinvestit que quelques centaines de millions maintenant. Ne soyons pas dupes.

Les malades, les patients orphelins, les familles, les aînés qui attendent un bain au CHSLD, les jeunes désorientés du Carrefour jeunesse emploi, tous ces gens ont payé le prix de ce redressement. 

La Protectrice du citoyen, Raymonde Saint-Germain, l'a soutenu très nettement dans son plus récent rapport. 

Le ministre Leitao rappelle qu'en 2014, le Québec se dirigeait « vers un déficit potentiel de 7 milliards $ ». Certes, il a démontré une détermination hors du commun, lui et son collègue Martin Coiteux. 

Mais à quel prix ? Les Québécois répondront en temps et lieu. Souhaitons qu'ils n'oublient pas d'ici là les sacrifices qui ont été imposés en leur nom.

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