Un témoignage bouleversant

« On a voulu protéger l'agresseur parce qu'il a... (Image tirée d'une video sur Facebook)

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« On a voulu protéger l'agresseur parce qu'il a un siège à l'Assemblée nationale », a déclaré mercredi soir la victime Alice Paquet.

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ÉDITORIAL / L'expulsion du député libéral Gerry Sklavounas, jeudi, a couronné une semaine bouleversante sur des questions de comportements de nature sexuelle.

Si la population pensait en avoir assez entendu, ces histoires ont pris une toute nouvelle tournure en mêlant la classe politique québécoise dans l'affaire.

Cela avait débuté par une série d'entrées par effraction et d'agressions sexuelles commises dans une résidence à l'Université Laval. Puis ce fut une « Tournée des anciens » où des étudiants et étudiantes de l'Université d'Ottawa devaient se livrer à des gestes de nature sexuelle dans un genre de concours amical. Dans le premier cas, la police fait la lumière. Dans le second, la Fédération étudiante mène une enquête mais nous savons déjà que ce « Vet's Tour » ne reviendra pas. Accessoirement, ce sont les recteurs de ces universités qui ont eu une leçon de sensibilité.

Lors d'une vigile à Québec, une jeune femme a pris la parole. Alice Paquet y a trouvé le courage de partager un secret qu'elle portait depuis plus de deux ans : elle allègue alors avoir subi une (puis deux) agressions sexuelles subies aux mains du député Sklavounas, en 2014. Un mouvement dans les médias sociaux, autour du mot-clic « #OnVousCroit », donne un peu de courage aux victimes comme Mme Paquet qui sont souvent confrontées à l'incrédulité d'autrui.  

Jeudi, elle a poursuivi avec un témoignage émouvant à la journaliste Anne-Marie Dussault, de l'émission 24/60. Cela lève un peu le voile sur l'ampleur des émotions et du désarroi qu'une jeune victime peut ressentir, surtout face à une personne plus vieille, plus expérimentée, en position d'autorité. Le téléspectateur comprend mieux pourquoi une femme peut dire oui à suivre un homme à sa chambre, oui à des rapprochements, mais changer d'idée devant l'escalade des gestes. Il peut apprécier qu'une victime comme Mme Paquet mette deux ans avant de se livrer à la police, puis à sa famille, puis au public. Le public peut sentir les montagnes russes d'émotions qu'elle a traversées et traverse encore, au point qu'elles nécessitent un suivi médical.

Évidemment, rien de tout cela n'a été prouvé par le système de justice. M. Sklavounas a nié avec véhémence tout geste de violence à l'endroit de Mme Paquet, qu'il a cependant dit connaître. 

Compte tenu de la présomption d'innocence qui caractérise notre système de justice, le député de Laurier-Dorion a raison d'être en furie contre la vindicte populaire dont il fait l'objet. Père de famille, mari, héros dans la communauté grecque dont il est issu, il entend les appels qui vont jusqu'à sa démission. Les personnalités publiques, nous le constatons donc une fois de plus, ne peuvent jouir de cette même présomption d'innocence. C'est un problème pour la société et pour le système juridique. Il y a eu des accusations mensongères dans le passé, pensons à René Angelil par exemple, et il faudra bien trouver une manière de trancher ce noeud gordien. 

Alice Paquet n'a peut-être pas aidé son dossier de cour en multipliant les témoignages publics, depuis deux jours. Des avocats y trouveront des contradictions, des doutes dans tout ce qui a été dit, et tout ce que nous ne connaissons pas encore. Le fardeau qui pèse sur les victimes d'agression sexuelle est inconcevable. Comme si elles étaient coupables de leur malheur. 

Ça aussi, la société et le système juridique devront trouver une manière d'en tenir compte.

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