Un recul prématuré

Il est trop facile pour M. Trudeau de prétendre,... (Archives, La Presse)

Agrandir

Il est trop facile pour M. Trudeau de prétendre, après des consultations informelles auprès des Canadiens et par l'entremise de ses députés, que l'engagement électoral ne tient plus vraiment.

Archives, La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Justin Trudeau commence à faire marche arrière sur l'une des plus limpides promesses électorales de 2015 : la réforme du mode de scrutin. Ce n'est pas un geste qui l'honore. Cela porte ombrage au Parti libéral et fourbira les armes des partis d'opposition pour des années à venir.

Les libéraux savaient très bien l'importance de cet engagement. Le texte de leur programme ne laisse aucune place à l'équivoque : « Nous en engageons à faire en sorte que l'élection de 2015 soit la dernière à utiliser notre système uninominal majoritaire à un tour. » Voilà qui est franc et direct. 

Une année plus tard, après un très net plébiscite des Canadiens en faveur des libéraux, voilà que leur leader envoie le signal qu'il pourrait laisser tomber cette promesse.

Lors d'une entrevue au quotidien Le Devoir, mercredi, il a dit que « si on va changer le système électoral, il faut que les gens soient ouverts à ça... »

Il a raison sur le fond : il n'y a pas un appel massif de la population envers une réforme du mode de scrutin qui touche trop au coeur de notre système démocratique pour que le Canada s'y engage à la légère.

Mais alors... pourquoi s'y être engagé de façon aussi concrète outre que pour ravir des votes à ses adversaires du NPD et du Parti vert ?

La participation électorale est en baisse depuis des décennies. Bien des gens se sentent exclus du processus électoral, disent que leurs voix ne sont pas entendues et ignorent l'appel citoyen le jour du vote. Il est vrai que le présent système uninominal favorise les grands partis et décourage l'expression de voix minoritaires ou discordantes. 

Mais il est trop facile pour M. Trudeau de prétendre, après des consultations informelles auprès des Canadiens et par l'entremise de ses députés, que l'engagement électoral ne tient plus vraiment ! Ou qu'il n'y a de l'appétit en ce sens que chez les Verts ou le Bloc québécois -- peut-être les bénéficiaires d'une telle réforme.

Justin Trudeau s'est commis pour une réforme électorale. Au plan moral, il a une obligation de résultat. Il doit essayer mieux que ça. 

Comme il l'a fait en créant la Commission d'enquête sur les femmes autochtones disparues ou assassinées, le premier ministre aurait normalement dû constituer un comité de sages pour conseiller son gouvernement sur la marche à suivre. Une telle réforme nécessite l'examen d'options de remplacement, une vaste consultation publique itinérante et peut-être même un processus référendaire pour valider le tout auprès des Canadiens. 

Les partis d'opposition doivent être impliqués et approuver le processus car il en va de leur sort à eux aussi. Une telle réforme ne doit pas s'entreprendre pour avantager une option ou une autre mais pour mieux refléter l'opinion de la population. 

Si après avoir abattu tout ce travail d'examen et de consultation, M. Trudeau en vient à la conclusion, disons au troisième anniversaire de son élection, que le temps manque pour compléter cette réforme, alors il pourrait être justifié de revenir sur la garantie exprimée dès 2015. Alors dédouané de la date de l'entrée en vigueur d'un nouveau mode de scrutin, les Canadiens pourraient se montrer compréhensifs devant l'ampleur de la tâche et donner plus de temps à la réforme.

Mais planter après 12 mois les graines d'un recul d'une promesse au coeur de son programme électoral paraît bien prématuré.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer