Que se passe-t-il?

Les histoires scabreuses d'agressions sexuelles comme ce qu'on... (Erick Labbé, Le Soleil)

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Les histoires scabreuses d'agressions sexuelles comme ce qu'on a vu à l'Université Laval dans les derniers jours se retrouvent de plus en plus régulièrement sous les projecteurs.

Erick Labbé, Le Soleil

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ÉDITORIAL / Que se passe-t-il? Pourquoi surgissent soudainement, mais régulièrement, toutes ces histoires scabreuses d'agressions sexuelles? Ces activités étudiantes répréhensibles à l'Université d'Ottawa? Ces intrusions et agressions dans une résidence de l'Université Laval?

La liste s'allonge facilement. Il y a trois ans, des porte-couleurs de l'équipe de hockey de l'Université d'Ottawa auraient agressé des femmes pendant un voyage du club à Thunder Bay. Peu avant, une dirigeante de la Fédération étudiante était la cible de propos dégradants sur Internet. On y parlait de «culture du viol». Gatineau n'était pas en reste. Quand ce n'est pas des joueurs des Olympiques qui ont été ciblés, ce sont des étudiants de l'Université du Québec en Outaouais qui organisaient une activité encourageant des actes de nature sexuelle pour mousser les Jeux de la communication.

L'an dernier, des centaines de femmes ont dénoncé des viols et des agressions qu'elles avaient subis des années auparavant: la campagne sur les médias sociaux se déroulait sous les mots-clics #BeenRapedNeverReported (violée, jamais rapporté).

Alors, oui, que se passe-t-il?

Josée Guindon avançait une réponse dans nos pages, hier: «On en parle un peu plus. Les gens dénoncent publiquement. Il y a un réveil et une révolte.»

Au CALACS, le Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel à l'Université d'Ottawa, elle reçoit des victimes qui se confient. Ensemble, elles tissent une toile de plus en plus visible à l'oeil nu.

Les agressions sexuelles sont de moins en moins tabou. Dans l'espace public, les victimes, surtout des femmes mais aussi des hommes, trouvent de plus en plus le courage de pointer du doigt leurs tourmenteurs. Il n'est plus question qu'ils puissent s'en tirer ou pire, recommencer en toute impunité.

Le courage donc, s'avère un élément-clef de cette nouvelle ère de transparence.

Et puis il y a l'évolution des mentalités qui s'attaque aux mythes de victimes qui sont les artisans de leur propre malheur, qu'elles sont souillées à jamais. Les esprits évoluent et considèrent de moins en moins que les victimes portent en elles la honte de la fureur et la quête de pouvoir de leurs agresseurs, bref, que c'est un peu beaucoup leur faute. Comme ces milliers de femmes autochtones disparues ou assassinées. Et ces victimes des pensionnats aussi.

Alors, que se passe-t-il?

Nous emprunterons une expression du premier ministre du Canada, Justin Trudeau: «Parce que nous sommes en 2016.»

Bon d'accord, c'était l'an passé qu'il l'a lancée, et il parlait de 2015. Mais elle est tout aussi actuelle aujourd'hui.

Collectivement et personnellement, nous n'acceptons plus les paroles et les gestes grossiers du passé. Les mentalités évoluent. Ce qui était toléré avant, ou qui se vivait en silence, cela ne l'est plus. Il est correct, non, il est magnifique de briser le silence. Malgré la douleur qui l'accompagne et le temps qu'il a fallu pour que l'innommable puisse, justement, se nommer.

Ce mouvement de vérité semble bien engagé et il doit être encouragé. À tous les niveaux, les autorités doivent faciliter la dénonciation. Accueillir avec empathie et ouverture les victimes qui veulent enfin parler. Plus que les autorités, tous ceux qui savent -- les proches, les amis, les collègues -- doivent aussi encourager les victimes à sortir de leur mutisme.

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