Les deux visages de M. Couillard

Le premier ministre, Philippe Couillard... (Le Quotidien)

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Le premier ministre, Philippe Couillard

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ÉDITORIAL / Lorsque la visite débarque à la maison, on se tient droit. On évite de les ennuyer avec nos problèmes internes, et on s'arrange pour ne pas se quereller devant eux avec nos adversaires. Ce conseil largement connu a pourtant été oublié par le premier ministre Philippe Couillard, cette semaine.

En présence de son homologue français Manuel Valls, M. Couillard s'est permis des propos inélégants et totalement déplacés à l'endroit du nouveau chef du Parti québécois, Jean-François Lisée. Il aurait dû se garder une petite gêne devant la visite. M. Valls et sa suite, en tournée officielle au Québec et au Canada, n'avaient nullement à souffrir de telles attaques partisanes, et ils ont dû se tortiller devant les drapeaux, à se demander où en étaient rendues les belles manières du monde diplomatique.

C'était doublement gênant parce que M. Couillard déversait son fiel partisan contre le nouveau chef de l'Opposition. Ce n'était pas à l'Assemblée nationale, à la suite de questions pointues et accusatrices. Non, M. Lisée aurait normalement eu droit aux félicitations d'usage pour ceux qui viennent d'obtenir une promotion. 

Entre eux, les politiciens rappellent régulièrement qu'ils ne sont pas des ennemis mais des adversaires. M. Couillard a complètement oublié cette leçon et la coutume de courtoisie envers les politiciens de « l'autre côté ». L'histoire aurait dû enseigner au premier ministre que ses premières paroles à l'endroit de Jean-François Lisée auraient dû être des félicitations, et peut-être, de la sympathie devant l'ampleur de la tâche qu'est celle de diriger un parti politique, et le Parti québécois en particulier. Il aurait pu lui lancer l'invitation de travailler ensemble aux intérêts supérieurs du Québec, même s'ils ne partagent certainement pas la même finalité constitutionnelle pour la Belle Province.

Non, après quelques mots gentils, Philippe Couillard a repris les attaques partisanes qu'il avait proférées le soir de l'élection de M. Lisée. Des propos sur la laïcité, sur des armes cachées sous les vêtements féminins d'islamistes, sur ses méthodes rappelant des politiciens populistes d'Europe. 

Ces agressions verbales ne ressemblent pas au ministre de la Santé que les Québécois avaient connu, au milieu des années 2000. Virtuel inconnu en 2003, il était rapidement devenu une vedette du cabinet de Jean Charest par sa maîtrise des complexes dossiers de son ministère, par le ton calme, posé et professionnel que ce médecin de formation adoptait pour rassurer une population irritée par un réseau de la santé qui faisait défaillance. Les Québécois ont pensé qu'ils retrouveraient le ton juste de cet intellectuel lorsqu'ils l'ont élu, en avril 2014. Ils venaient de passer plusieurs mois à se diviser sur la Charte de la laïcité et un peu de calme sagesse serait bienvenue. Mais ils ne l'ont pas reconnu. 

Le Québec vient de traverser deux années de profonds bouleversements des services publics. Ils sont meurtris et peinent à apprécier l'équilibre budgétaire que leur gouvernement a chèrement retrouvé à leurs dépens. Ils n'apprécient pas les vaines querelles, préférant la recherche de l'harmonie, à défaut des consensus sociaux. Philippe Couillard a montré un autre visage que celui qu'on lui connaissait lorsqu'il était simplement ministre. Il doit retrouver la justesse tranquille de cette approche, tout en l'appliquant à ses fonctions de premier ministre. Aura-t-il le temps de se redéfinir avant la prochaine élection québécoise, prévue en 2018 ?

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