Une relation particulière

Le premier ministre canadien Justin Trudeau accompagne le... (Sean Kilpatrick, La Presse canadienne)

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Le premier ministre canadien Justin Trudeau accompagne le premier ministre français Manuel Valls à leur sortie du Parlement, à Ottawa, jeudi.

Sean Kilpatrick, La Presse canadienne

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ÉDITORIAL / Chez nous, quand il est question de diplomatie, la France n'est pas un pays comme les autres. Il y a les États-Unis, notre plus important partenaire commercial, mais les liens culturels étroits entre le Canada français et la France, entre le Québec tout particulièrement et la France, s'établissent à un autre niveau.

Pour des raisons historiques remontant aux premières colonies dans ce qui allait devenir la Nouvelle-France, il existe une relation toute spéciale entre le Québec et la France. Cela est vrai également, mais dans une bien moindre mesure, pour l'Ontario français et pour le Nouveau-Brunswick - ou pour l'Acadie toute entière. Depuis la Révolution tranquille, depuis l'essor du Québec sur la scène internationale que l'on peut associer à Paul Gérin-Lajoie, c'est avec le Québec, tout d'abord, que la France parle lorsqu'elle met les pieds au pays, avant de parler au Canada. 

C'est donc avec étonnement que le premier ministre français Manuel Valls a d'abord rencontré Justin Trudeau, mercredi. Ce n'est qu'au lendemain de ces premiers échanges qu'il a pris le chemin de Montréal pour y rencontrer le gouvernement du Québec, Philippe Couillard en tête.

M. Valls a été mal conseillé : il aurait dû commencer au Québec, puis passer par Ottawa.

Ces premiers pas par la capitale fédérale ne sont pas anodins. Il s'agit peut-être d'une erreur de bonne foi mais une erreur malgré tout. Et la France, malgré tout le respect que nous lui devons, doit être rappelée sinon à l'ordre, à la coutume en place depuis plus de trois décennies d'échanges bilatéraux.

Vu de la France, cela ne sera peut-être vu que comme des peccadilles mais il y a des symboles importants en jeu pour le Québec. Cela remonte donc aux années 1960, sous le gouvernement libéral de Jean Lesage, lorsque M. Gérin-Lajoie résume ce que l'on appellera par la suite sa « doctrine ». Elle prévoit que dans les domaines qui relèvent des provinces en politique canadienne, le Québec peut agir de façon correspondante sur la sphère internationale. Plus tard découlera la coutume que lorsque la France traite avec le Québec, elle le fait directement avec les autorités québécoises sans passer par Ottawa. Parallèlement, c'est le Consulat du général de France à Québec qui est l'interlocuteur français, et non pas l'ambassade de France, sur la rue Sussex. C'est ainsi que s'est développé le principe de la « non-ingérence, mais non-indifférence » de la France face au nationalisme québécois.

Cette coutume, la ministre Christine St-Pierre a récemment dû la rappeler aux Français, alors que se préparait la visite de Manuel Valls. 

Peut-être y a-t-il eu méprise par ce que le premier ministre Valls venait traiter du traité de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada, un dossier d'abord fédéral. Ça peut se comprendre. 

Mais en matière de relations avec les peuples francophones, au sein et hors de la Francophonie, la France occupe une place prépondérante. Elle doit être soucieuse de ses interventions menées en sol canadien. Elle doit faire une large place au Québec. Un jour, dans quelques années, la France devrait aussi réserver un espace pour l'Acadie ainsi que pour l'Ontario - où la francophonie est de plus en plus reconnue. 

Au prochain voyage d'un chef de gouvernement de la République française au Canada, les premiers pas doivent se faire au Québec. Et puis, pourquoi pas aux côtés des Franco-ontariens, Acadiens et autres Franco-canadiens ?

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